J’ai franchi le seuil les yeux un peu lourds, derrière moi la porte a claqué pour la dernière fois. Hier, j’ai fait mes dernières emplettes au Karloff, l’ultime boutique de DVD cinéphile de Suisse romande, qui ferme ce samedi 14 mars. Cette chronique n’est pas compréhensible au-delà du landerneau lausannois – mais peut-être parlera-t-elle aux amateurs de ces disques qui n’ont rien de ringard.

Bien sûr, le Karloff, c’était plus qu’un magasin. Il y avait Michael Frei, maître en son antre, musicien dans une presque autre vie. Un diablotin sortant de sa boîte et toujours encadré, du point de vue du client, entre les quatre piles des nouveautés les plus fraîches érigées sur le comptoir, à gauche les films, à droite les séries. Son érudition dingue. Sa douceur à ne pas signaler le fait qu’on papote toujours à passé 19h et qu’il a une petite famille qui l’attend là-bas, loin des galettes à l’odeur d’ozone. On se réjouit de te retrouver, Michael, dans la future Maison du cinéma de la capitale olympique.

Retrouvez tous nos articles sur les séries

Une ère audiovisuelle

L’humanité en surcouche du commerce, on peut le dire de bien des enseignes. Mais le Karloff raconte aussi une ère des industries audiovisuelles. Plusieurs, dont je suis, early adopters avant le concept, ont acheté leur premier lecteur DVD dans le négoce à l’enseigne violette. Moi, c’était un Panasonic, pas donné. La poussive VHS avait enfin son successeur. Qualité, bonus (les bonus!), sous-titres: le disque ouvrait des champs qu’il allait permettre de labourer. Qu’il s’agisse de cinéma ou de séries, cette forme d’édition offre une double ouverture, aux raretés actuelles et au patrimoine. Rien ne sert de l’opposer au streaming: chacun a ses atouts.

Lire aussi: Le DVD, pas complètement mort

Le disque-monde

J’ai acheté bien plus de 1000 DVD/Blu-ray au Karloff en vingt grosses années, dont de nombreux coffrets de séries. Je peste contre la place que prennent ces envahisseurs de plastique. Mais vendredi, je me suis offert un gros coffret, l’intégrale The X-Files en Blu-ray, parce que je regardais la série lors de mes premières déambulations au Karloff. Boucler la boucle. Et puis, on comprend à quel point la face de lecture du disque fait miroir.


Lire également: Le DVD est l’ami des amateurs de séries, et vice-versa