A peine allumée, la caméra tremblote. On aperçoit d’abord une blouse fleurie et, épinglée sur la poitrine, une grande étoile jaune: «Jood» – Juif, en néerlandais. «Ça fait bizarre», s’amuse la frimousse à qui appartient ladite blouse, se filmant maladroitement pour la première fois. Son nom? Anne Frank.

On ne présente évidemment plus son journal, témoignage inestimable de la persécution envers les Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. On lui connaît une plume piquante, et quelques sourires en noir et blanc: les photos d’Anne Frank sont rares – et les vidéos se résument à une silhouette filmée sur son balcon lors du mariage d’une voisine. Mais on peut se prendre à rêver: et si l’adolescente, au lieu d’un carnet, avait reçu pour son 13e anniversaire une petite caméra? Et si, au lieu des près de 200 000 mots couchés sur le papier, elle avait mis son quotidien dans l’annexe secrète en images, à la mode des youtubeurs?