Pour aborder la rentrée en beauté, Thésée, sa vie nouvelle est certes un livre sombre, mais il est animé, son titre l’indique, par un élan vital qui emporte. Et sa forme emprunte à tant de registres si heureusement entremêlés que la lecture en est passionnante: enquête, archives écrites et visuelles, poésie, mythe, histoire intime et universelle, portés par différentes voix. Le livre s’ouvre sur une ode adressée au frère disparu. Ces fragments de poème sont éparpillés au cours du récit. Une image absente hante à jamais le narrateur, celle de l’acte lui-même, de la pendaison. Elle est remplacée par une autre, archaïque, biblique, comme une pietà inversée: le père assis, devant le corps du fils étendu au sol. Suit, quelques mois plus tard, le décès subit et prématuré de la mère, le jour de l’anniversaire du mort, puis celle du père.

Sauver sa peau

Pour fuir toute cette tristesse, le survivant s’enfuit de la «ville de l’Ouest», où l’on reconnaît Paris, pour une autre langue, une autre vie dans «la ville de l’Est», Berlin. Il embarque, outre ses trois enfants, trois cartons d’archives, un pour chacun de ses morts. Il se rendra compte plus tard que ce choix de la langue allemande, si chargée d’histoire, était une erreur, mais il agit sans réfléchir, pour sauver sa peau, au sens propre.