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La pression était considérable. Pour Alex Pina, créateur de La Casa de Papel, mais aussi pour ses auteurs, producteurs et acteurs, fabriquer une troisième partie après le considérable succès des deux premières (qui formaient une saison) tenait d’un défi rare dans le monde des séries. Certes, chaque nouvelle saison d’un feuilleton à succès est une épreuve. Mais le cas de La Casa de Papel, à l’origine une série presque fauchée d’une petite chaîne privée espagnole, reste particulier. C’est comme si une équipe de foot de 4e ligue accédait soudain aux premières sélections.

Netflix a dévoilé la troisième partie vendredi, et il faut admettre que la mécanique huilée du suspense madrilène tourne désormais à vide.

Ils sont si riches et si heureux

Au début, les braqueurs devenus populaires sur toute la planète – dans la fiction comme la réalité, pour les acteurs – coulent des jours heureux, portefeuilles garnis, dans les tropiques de leur choix, Caraïbes ou Thaïlande. Ce bonheur sous les cocotiers se grippe par une manœuvre de Tokyo, qui se lasse du triptyque plage, siestes crapuleuses et bonne chère exotique.

Tokyo est de nouveau narratrice, ce qui apporte un intérêt au déroulement des huit épisodes. Même s’il y a de nombreux arcs durant ces derniers, même des digressions, c’est bien la trajectoire de Tokyo qui demeure centrale, avec ses failles, ses obsessions délétères, et plus tard sa touchante faiblesse lors d’un épisode sentimental.

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Il fallait un déclencheur

Bref. Les voleurs étant dispersés et gavés de plaisirs, il faut un déclencheur pour relancer la machine. Alex Pina l’expliquait l’année passée au Temps: «Quand Netflix nous a demandé de créer une troisième saison, nous avons dit que nous devions réfléchir. Tout devient complexe car, désormais, nos personnages ont énormément d’argent, ils vivent dans des lieux parfaits. Il nous fallait un moteur émotionnel fort pour rebondir et relancer cette histoire, quelque chose de plus grand que la fabrication de monnaie par la planche à billets. Il y aura un nouveau braquage, mais c’est une question symbolique.»

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C’est exactement ce que l’on découvre dans le premier épisode: à cause du coup de tête de Tokyo, Rio est arrêté. Le professeur rassemble la «famille» pour trouver une solution, laquelle passe, en effet, par un nouveau braquage. Et cette fois, ce n’est plus la planche à billets qui est la cible, mais la banque nationale elle-même.

On ne divulgâche rien, puisque le retour a été claironné dans les médias et sur les réseaux: il y a retour de Berlin – un curieux retour, au demeurant, comme s’il s’agissait d’une invention mentale du professeur, un genre de fantôme fraternel. C’est lui qui inspire le nouveau casse.

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Le gang reformé

Revoici donc le gang au complet – sauf le père de Denver, vraiment mort, lui. Les personnages ont évolué, Monica/Stockholm a eu son enfant (du patron de la réserve nationale) qu’elle élève avec Denver, Tokyo est donc avec Rio, le professeur avec Raquel, devenue Lisbonne…

Le clan se resserre. Il va se concentrer sur son objectif, de nouveau un immense bâtiment sécurisé à outrance. Pour faire diversion, les brigands dispersent 140 millions d’euros en billets sur Madrid au moyen de dirigeables marqués par les figures des «Dali», désormais nommés ainsi. Les Robin des bois du capitalisme actuel forment presque des idoles populaires, certains Madrilènes manifestent avec le masque à la moustache hirsute. Et l’histoire ajoute un fumeux propos anti-gouvernement qui les rend encore plus béatement «gilets jaunes» à salopette rouge.

Une redite des premiers épisodes

Puis La Casa de Papel redevient ce qu’elle fut. La redite est presque impressionnante, elle pourrait fasciner le spectateur. Disons-le, elle captive pendant quelques épisodes, en sus du suspense de base et de la mise en scène conçue pour faire de la captation d’attention à l’échelle industrielle – ce n’est pas nouveau, la réalisation de la série n’a jamais été un modèle de subtilité ni d’intelligence. Là, il y a beaucoup plus d’argent, donc de troupes policières en noir et bardées d’armes, d’effets spectaculaires et de musiques coûteuses, outre les éternels emprunts au domaine public, dont Satie.

Cette partie 3 est une réplique de la première en deux chapitres. Presque tout y est identique, y compris les flash-back sur les séances préparatoires. On pourrait donc se laisser fasciner par cette science de la variation en série. Jouir de cet artisanat qui renvoie aux tapisseries médiévales, avec l’infinie patience de refaire, cent fois, le même motif, avec quelques délicates nuances de figures.

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L’entreprise vire au vide

Toutefois, une telle lecture de La Casa de Papel ne tient pas longtemps. Le médiocre traitement des personnages affaiblit vite l’ensemble; Monica, par exemple, qui n’a droit qu’à une scène un peu fournie, mais risible; ou le professeur, inintéressant depuis qu’il est amoureux – et qui ne contrôle plus grand-chose.

Cette partie 3 ressemble à la (mauvaise) deuxième, laquelle représentait une suite inutilement bruyante à l’ingénieux premier chapitre. En ce moment, Alex Pina et son équipe préparent la quatrième tranche, qui constituera le second volet de cette deuxième saison. Ne la regarderont que ceux qui arriveront encore à se passionner pour ce thriller tapageur et creux.