L’autre jour, trois e-mails de Netflix («Nicolas, qu’allez-vous regarder maintenant?») en une seule journée. Si l’on délaisse, même quelques petites semaines, le géant du streaming, il sait se faire rappeler au bon souvenir de ses abonnés. Alors que la tempête se lève face à Netflix, on peut supposer une légère nervosité à Los Gatos, au siège, où l’on semble augmenter les seuils d’envois d’e-mails de relance. Surtout, ne pas être oublié dans la vie quotidienne de ses souscripteurs.

L’avalanche d’e-mails de ces jours met notamment en avant Flocons d’amour, A Christmas Prince ou L’Alchimie de Noël. Je peine à croire les titres que je découvre: n’est-ce pas du téléfilm américano-allemand de M6 à 14h45, proposé depuis au moins vingt ans?

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Netflix, vieille chaîne de télé

S’il fallait une preuve, encore, que Netflix, celle qui chamboule le marché, devient un diffuseur comme les autres, la voici. Chez Netflix, certains responsables semblent raisonner de la même manière que les directeurs des programmes des vieilles chaînes TV.

Comme client, on peut se dire que cela craint. En matière de débilités sous la neige, les ancêtres, les télés publiques et privées, nous gavent déjà depuis des décennies. Voici que les nouveaux acteurs s’y mettent, avec films mous ou quelques séries pseudo-provocatrices sur le sujet.

L’analyse du directeur du marché à Séries Mania: «Dans le streaming, on revient aux modèles des chaînes de TV»

On remise le sens critique

C’est Noël, donc on accroche nos globes oculaires comme des boules sur une branche du sapin, on remise notre cerveau dans la cheminée, on fourre notre esprit critique dans la bûche et on se tartine de romances dégoulinantes, par une consommation audiovisuelle avachie mais assumée, parce que c’est Noël (clin d’œil en appui). Après la frénésie affolante du Black Friday s’impose, peu après, son pendant dans l’appétit de fictions bon marché et sirupeuses.

Vu ainsi, ce Noël 2019 est fascinant, déprimant aussi, dans la manière dont les poncifs du moment structurent tous les canaux, même ceux qui sont censés chambouler le secteur. L’heure est aux fictions sottes avec des amours contrariées, des familles qui sourient et des gros gars à barbe blanche, et toute la branche s’aligne. La disruption s’arrête sous le sapin.