La grande peur sur l’Amérique. Et si, en 1942, l’aviateur Charles Lindbergh, aux fortes sympathies pour le régime nazi, s’était présenté à l’élection présidentielle face au vénérable Franklin Delano Roosevelt? Et si… il avait gagné? C’est le postulat du roman uchronique de Philip Roth de 2006, Le Complot contre l’Amérique. Pour adapter le texte, l’histoire a bien préparé les plats: figure majeure de la création TV depuis vingt ans, David Simon s’est emparé du roman, avec son compère Ed Burns. Tous deux avaient conçu The Wire, tandis que le premier a aussi fabriqué les destins exposés dans Treme puis The Deuce. On n’a pu juger que sur le premier épisode, mais il paraît évident que l’on va découvrir l’une des plus grandes séries de l’année, au moins.

Douceur de l’enfance, cruauté de l’Histoire

Le roman de Philip Roth a la douceur de l’enfance et la cruauté de l’Histoire, fût-elle fictive. L’histoire se passe dans la Newark chère à l’écrivain, ville banlieue de New York, et son quartier juif, Weequahic – celui du romancier –, dans lequel vivent les Roth (Levin dans la série). Philip, le narrateur (Azhy Robertson, épatant jeune acteur), est un enfant fasciné par son grand frère, dessinateur de talent qui croque notamment le héros Lindbergh. Le père (Morgan Spector) s’emporte vite contre Lindbergh, et craint le pire. Mais il affiche aussi sa confiance en l’Amérique; au moment où on lui propose une promotion qui impliquerait de déménager dans un quartier où la famille serait minoritaire, c’est la mère (Zoe Kazan), à l’histoire de vie plus riche, qui fait part de sa réserve.