Le monde de la musique tel un sanctuaire, parce que les femmes sont enfin nombreuses à y connaître le succès? Il semblerait qu’il ne faille ici surtout pas pécher par excès de naïveté et d’ignorance. Au printemps 2019, plusieurs centaines d’artistes et salariées de l’industrie musicale française cosignaient une tribune pour dénoncer les propos sexistes et le harcèlement, mais aussi et surtout des injustices d’un autre temps. On les cite: «Les disparités salariales, l’invisibilité des femmes aux postes à responsabilité, les préjugés et les non-dits qui bloquent le développement et les carrières de professionnelles pourtant compétentes et investies.» Avec en conclusion un appel à la «révolution égalitaire», pour que des parcours ne soient plus brisés par des attitudes devenues inacceptables.

Stéphane Amiel a créé en 1997 le festival itinérant Les Femmes s’en mêlent (LFSM), afin de mettre en avant une scène musicale féminine indépendante qui le fascinait. Il revient à notre demande sur l’ambiance fin de siècle d’alors et assure: «Certains labels avaient une artiste féminine et basta, comme si ce n’était pas possible d’en avoir une deuxième alors qu’ils pouvaient signer vingt mecs sans souci. Du genre «on a notre voix de femme, c’est bon». C’était parfois inconscient, parfois inavoué, mais c’était réel. Pareil sur certaines radios américaines, qui passaient une artiste féminine dans l’heure, mais surtout pas deux.»