Le premier être qu’on a vu assis devant un mur d’écrans, c’est le Dr. Mabuse quand il est revenu aux affaires, en 1960. Pressentant l’avènement de la vidéosurveillance et ses dérives totalitaires, Fritz Lang a imaginé ce dispositif électronique paranoïaque dans Die 1000 Augen des Dr. Mabuse. Depuis, d’innombrables guetteurs, voyeurs, Avengers et autres Experts ont développé le complexe d’Argos, dit Panoptès. Ceci dit, le géant aux cent yeux de la mythologie grecque ferait figure de nain au Festival de Cannes où les objectifs prolifèrent dans des mises en abyme vertigineuses. C’est la gloire du selfie, la puissance du nombrilisme 2.0…

Cannes, 73 600 habitants en temps normal, est aussi la ville qui compte le plus de caméras de surveillance: 500, soit une pour 147 habitants. Pendant le festival, la population s’élève à quelque 200 000 et, menace terroriste oblige, le maillage de la vidéosurveillance a été resserré. Par ailleurs, de nouvelles chicanes sont disposées autour du Palais, les contrôles sont renforcés. On croise des soldats équipés d’armes automatiques sur la Croisette.

Si on imagine quelque batcave tapissée d’écrans où s’accomplirait le fantasme d’omniscience panoptique initié par le diabolique docteur allemand, on regrette surtout l’époque insouciante où, sur les plages cannoises, il y avait juste quelques photographes couchés au pied des starlettes.