On avait un pincement au cœur, ces jours, à franchir la porte du Karloff. Son patron a annoncé cette semaine la fermeture, en mars, de cette dernière échoppe cinéphile de DVD de Suisse romande. Ambiance funèbre, le bonhomme épuisé et jovial recevait des offrandes, café de luxe, whisky et chocolat. L’émotion illustrait bien le fait que le DVD n’est pas un produit culturel comme les autres, et que le Karloff est une boutique loin du tout-venant.

Cette tristesse rappelle aux sériephiles que le bonheur ne réside pas uniquement dans le pré de Netflix et consorts. Proclamer sa fierté milléniale en tétant du streaming et en hennissant pseudo-ironiquement «c’est quoi, le DVD?» trahit une limite intellectuelle, pas une modernité.

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Sans DVD, pas de déferlante danoise

Des exemples? Ils sont innombrables – je mets de côté le piratage. Dans la seule histoire récente, les amateurs affûtés n’auraient pas pu prendre la mesure de la vague danoise sans le DVD. Les chaînes de TV, RTS comprise, avaient complètement raté le coche de Forbrydelsen (The Killing): sans disque, on l’aurait méconnue. Ceci reste valable pour d’actuelles pépites scandinaves. Toujours au Danemark, la petite pièce d’humour noir Bankerot a beaucoup dû au support. De Suède, la glaçante Blue Eyes, sur la montée de l’extrême droite dans le pays, n’a jamais été montrée ici et ne figure pas dans les catalogues en ligne. Les séries finlandaises (Modus et autres) idem.

D’Italie, c’est d’abord le disque qui a permis de découvrir Romanzo criminale, avant sa diffusion par Arte. Des séries anglaises pourtant très populaires, comme les policières rurales type Grantchester ou Agatha Raisin, ont fuité sur rondelles avant leur arrivée en télé, pas toujours en VOST.

Les fictions américaines inédites sont aussi légion. Depuis quelque temps, impossible de suivre Atlanta à moins de guetter ses éditions physiques – certes, lentes. Idem pour Power.

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Et le patrimoine…

Et il faut mentionner le patrimoine. On n’accordera aucune confiance aux responsables des services de streaming pour proposer des pans d’histoire de ces séries qui remplissent néanmoins leurs poches. Après des années de frilosité, le DVD a permis de découvrir les fondamentaux du genre, sa passionnante histoire, ses trésors. Le disque brille toujours, parfois comme un phare.


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