C’est en dynamiteur que Bertrand Blier a déboulé dans le cinéma avec Les Valseuses (1974). Emboîtant le pas à deux voyous décontractés du gland et une shampouineuse pas farouche, ce brûlot a mis sur orbite un brelan d’acteurs magnifiques (Depardieu, Dewaere, Miou-Miou) et sérieusement rudoyé la bienséance. Le réalisateur n’a jamais dévié de sa voie. Adepte de coq-à-l’âne, de truculence, de langue verte et d’embardées surréalistes, il a signé une quinzaine de films qui malmènent sans remords le principe de causalité et certaines règles de la galanterie.

Si le rythme de production de Bertrand Blier s’est ralenti, près de dix ans séparant Le Bruit des glaçons (2010) de Convoi exceptionnel, le vieux provocateur n’a jamais abdiqué son esprit subversif et son humour féroce. Il aurait dû présenter samedi dernier à Lausanne, dans un Capitole exceptionnellement réouvert pour l'occasion, Trop belle pour toi (1989), un film drôle, érotique et tragique dans lequel le cœur d’un garagiste (Depardieu) balance entre deux femmes, la sienne, sublime (Carole Bouquet) et une autre, plutôt moche (Josiane Balasko).