Ensemble, c’est tout. L’acteur genevois Juan Antonio Crespillo a Shakespeare, Pirandello et Cie dans les veines depuis trente ans. Il a imprimé son panache de beau ténébreux sur toutes les scènes romandes. Il est habitué à ruminer les textes, à les métaboliser. Mais ces jours, il est heureux comme un junior appelé à taper dans le ballon avec Leo Messi.

Voyez-le, ce mercredi d’août, dans la touffeur d’une salle de répétition à Genève: il pétrit sa pâte à fiction, pantalon Adidas, marcel de joueur de pétanque. Il ne fait rien, s’efface, revient à la surface, éprouve un chagrin de fin du monde devant une gerbe de fleurs, dorlote un bébé. Sur ce même plancher, Rébecca Balestra, Claude-Inga Barbey, Baptiste Gilliéron, Davide-Christelle Sanvee dessinent, eux aussi, quelque chose qui relève de l’estampe. Dans l’air, une oraison maritime chavire les corps. C’est un chant d’encre, cinquante-deux minutes de musique, d’improvisation en apnée.