Elle arrive sur son vélo électrique, de grand style, on dirait les bécanes glorieuses dans les films de Spike Lee, elle porte justement un haut de basket aux couleurs de Brooklyn, on dirait une livreuse avec son gros sac où gît tout son barda; surtout elle porte un masque blanc, sophistiqué, et désinfecte tout ce qu’elle touche. «En ce moment, je ne peux pas me permettre de tomber malade, j’ai trop à faire.» La Gale, telle qu’en elle-même, mi-défensive, mi-attaquante, drôle et savante, qui revient après quatre ans de silence discographique pour dire au rap qu’elle va bien.

On se souvient encore d’elle il y a presque dix ans, cette allure de toujours tomber du lit ou de finir un match, ce petit corps ramassé, sec, avec une colonne vertébrale emberlificotée – elle a passé sa vie à sillonner avec les inconvénients d’un corps qui aurait dû grandir beaucoup plus. Elle avait d’ailleurs choisi le nom d’une maladie, La Gale, pour avertir ceux qui allaient s’y frotter qu’ils feraient mieux de se méfier. Dans son premier album, en 2012, elle imposait une voix d’émeri, un train d’enfer, une poésie exutoire – Tes balafres, Comptez vos morts, La Gueule de l’emploi, surtout, les rimes jamais coquettes d’une femme qui n’allait pas composer avec le temps.