La figure du féminisme, romancière et journaliste Benoîte Groult est morte dans la soirée du lundi 20 juin à Hyères, dans le Var, selon le quotidien Var Matin. Elle était âgée de 96 ans.

«Elle est morte dans son sommeil comme elle l’a voulu, sans souffrir», a indiqué sa fille, Blandine de Caunes. .«Elle a eu une tellement belle vie. Il y a le choc de la mort, mais c'est mieux ainsi car elle n'allait pas très bien».

Fin mars, Benoîte Groult avait été décorée de la Légion d'honneur, devenant «grand officier», une des deux distinctions les plus élevées.

Un million d'«Ainsi soit-elle»

Benoîte Groult était venue à l'écriture à la quarantaine et, après avoir fait ses gammes avec sa soeur Flora («Le Journal à quatre mains», «Le Féminin pluriel», et «Il était deux fois»), elle avait signé seule en 1972 un premier roman, «La Part des choses».

Trois ans plus tard, à 55 ans, Benoîte Groult avait publié «Ainsi soit-elle», un essai virulent sur la condition imposée aux femmes. Ce livre-manifeste était devenu un éclatant succès de librairie avec un million d'exemplaires vendus et de multiples traductions.

«Une précieuse ridicule»

Née le 31 janvier 1920 à Paris de parents plutôt mondains (son père est décorateur, sa mère, soeur du couturier Paul Poiret, est styliste), Benoîte Groult, grandit dans une famille fantasque. Elle est sans cesse rabaissée par une mère qui ne la juge ni jamais assez belle, ni jamais assez brillante.

Professeure de lettres puis journaliste, elle mène la vie d'une jeune femme de son époque et de son milieu social. Trois maris (dont le journaliste Georges de Caunes et l'écrivain Paul Guimard), trois enfants.

«Je me sentais une citoyenne de seconde zone, absente au monde et j'ai effectivement mis du temps à me réveiller», expliquera-t-elle plus tard.

En 1984, elle est chargée par Yvette Roudy, la ministre socialiste des Droits de la femme, de présider la Commission de terminologie pour la féminisation des noms. Elle se heurte alors à l'opposition de l'Académie française qui la traite de «précieuse ridicule».

Pour la mort choisie

D'une plume alerte, mordante, elle écrit ensuite plusieurs romans dont «Les Trois-quarts de l'été» (1983), récit attrayant dénonçant la phallocratie, puis «Les Vaisseaux du coeur» (1988), une histoire d'amour qui sera un autre succès de librairie.

En 2006, avec «La Touche étoile», elle s'attaque à un autre tabou, la vieillesse et la mort librement consentie. Pour elle, «le refus de la naissance choisie et de la mort choisie, c'est la même idéologie contre la liberté».

En 2008, elle publie son autobiographie, intitulée «Mon évasion» où elle confie qu'avec le recul, elle a «l'impression d'avoir vécu une interminable course d'obstacles». En 2013, elle publie une biographie de la révolutionnaire française Olympe de Gouges, pionnière du féminisme français.

Dans Le Temps

En 2008 aussi, elle était venue inaugurer un festival de philosophie à Genève, qui avait montré combien elle restait populaire et engagée.

Lire: Benoîte Groult philosophe au Collège Calvin (27.09.2008)

En 2013, la dessinatrice Catel a raconté la vie de cette féministe de renom dans une bande dessinée: Ainsi soit Benoîte Groult, dont Le Temps avait rendu compte.

Lire: Catel: «J’ai voulu présenter Benoîte sans l’idéaliser» (28.11.2013)