Conjurer le malheur à tout prix. En ces jours de 1923 à Leysin, Joseph Kessel marche souvent sur les crêtes. Dans la poche de sa gabardine, il y a un recueil de Maïakovski ou de Pasternak, ces poètes soviétiques qu’il lit en russe. Au sommet, devant le massif des Diablerets, l’écrivain reporter, 25 ans, se sent invincible, prêt à défier un destin qui ne l’épargne pas.

Si l’auteur des Rois aveugles réside au Grand Hôtel, palace de la station vaudoise, c’est que Sandi, son épouse adorée, séjourne au sanatorium, comme le raconte son biographe Yves Courrière. C’est pour elle qu’il a renoncé à Paris, à ses nuits tsiganes où la vodka dilate la pensée, où le baccara le possède. C’est pour elle qu’il ne s’embarque pas pour l’un de ces reportages qui ont déjà fait sa légende.