La Proie est un livre en forme de retrouvailles. Avec l’émouvant capitaine Benny Griessel tout d’abord, toujours flanqué de son collègue Vaughn Cupido. Retrouvailles aussi avec l’Afrique du Sud et ses démons. Après une excursion réussie dans le genre postapocalyptique avec L’Année du lion, Deon Meyer renoue avec le polar. La Proie est un roman comme toujours très construit, tant sur le plan formel que temporel. Chapitre après chapitre, page après page, il s’articule autour de deux histoires organiquement tressées qui – on le devine rapidement – vont finir par se croiser pour s’éclairer mutuellement.

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Le livre commence à Bordeaux – choix qui nous rappelle l’amour de Deon Meyer pour la France. Il nous convie dans le quotidien faussement anodin de Daniel Darret, autrefois Tobela Mpayipheli, tireur d’élite et ancien combattant de la branche militaire de l’ANC. Ce «grand Noir» travaille comme assistant d’un restaurateur de meubles hyper-doué, mais souffrant du syndrome d’Asperger. Voilà qui arrange notre homme qui craint à tout moment d’être rattrapé par son passé. C’est pourtant ce qui lui arrive. Un vieux compagnon de lutte débarque à Bordeaux et lui demande de reprendre du service. Il s’agit d’assassiner le président d’Afrique du Sud lors de son prochain voyage à Paris. La seule solution trouvée par ses opposants pour lutter contre la corruption et la compromission qui règnent à la tête de l’Etat.

Mariage en vue

Cette déliquescence affecte aussi la police du Cap. On le découvre à travers la deuxième histoire. Et le capitaine Benny Griessel l’apprend à ses dépens alors qu’il enquête sur la mort suspecte d’un «consultant en protection personnelle» qui a longtemps travaillé dans la police. Johnson Johnson accompagnait une vieille dame à bord d’un train de luxe quand il a disparu. Un dossier «plus bizarre qu’un phacochère sur un manège», résume un enquêteur.

Griessel, «quarante-six ans officiels» mais faisant dix de plus, a encore d’autres soucis en tête. Sa compagne Alexa, alcoolique en voie de réhabilitation comme lui, acceptera-t-elle sa demande en mariage? D’avance, il en fait des cauchemars. Pour l’encourager et le conseiller, il peut toutefois compter sur le «flamboyant» Vaughn Cupido, qui doit, lui, se battre pour prouver au fils de sa compagne que tous les policiers ne sont pas corrompus.

Comme toujours, avant de nous révéler le fin mot de l’histoire, Deon Meyer prend son temps. Le temps de l’évocation, du vécu. On se promène dans les rues de Bordeaux avec Daniel Darret; Benny Griessel nous emmène chez son psy; on s’attarde sur les souvenirs de lutte, sur les engagements déçus. Mais La Proie n’est ni triste ni désabusé. S’il se méfie du pouvoir et de ses dérives, Deon Meyer a toujours confiance en l’homme. Même blessés et abîmés par la vie, ses héros sont magnifiques.



Deon Meyer
La Proie
Traduit de l’afrikaans par Georges Lory
Gallimard, 568 p.

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