«C’est le choléra mon vieux. C’est le plus beau débarquement de choléra asiatique qu’on ait jamais vu! Croyez-moi, je suis médecin.» Eté 1838. «Il y eut, de cette façon, dès les premiers jours, beaucoup de malades qui passèrent inaperçus.» Angelo Pardi est soudain là, devant nous, dans sa redingote abîmée de hussard italien. Manosque, en ce début avril, offre un alignement de façades aussi ensoleillées qu’aveugles.

Fenêtres fermées. Personne au balcon. Le confinement provençal a perdu sa faconde méridionale. La rue Grande qui vit naître Giono, à l’angle de la rue Torte, affiche sa litanie de devantures closes, comme partout en France. Seuls sont ouverts les enseignes alimentaires, le bureau de tabac et la pharmacie de la Saunerie, devant la porte du même nom, survivante des remparts. «Tout allait bien sur la colline des Amandiers. Chacun semblait y avoir son pain cuit», écrit, en 1951, le plus provençal des romanciers dans les premières pages de ce Hussard sur le toit qui le ramène avec éclat sur le devant de la scène littéraire parisienne. Jean Giono, né en 1895, sait ce que la peur de mourir veut dire. Il a entamé l’écriture de son Hussard cinq ans auparavant, exilé à Marseille par la justice expéditive de la Libération, pour n’avoir pas, durant la guerre, pris fait et cause contre l’occupant nazi. Angelo, officier piémontais pressé de regagner l’Italie par la route des Alpes de Haute-Provence, sera l’incarnation de sa résilience et de sa revanche. Un homme d’honneur et amoureux face à la maladie qui ronge et qui dévore le peuple.