Tout un symbole: alors que le nouveau ministre de la Culture français, Franck Riester, prononçait l’éloge de Metin Arditi, promu commandeur des Arts et Lettres, sa prédécesseure Françoise Nyssen patientait, tout sourire, aux côtés de l’écrivain genevois.

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Logique: la patronne des Editions Actes Sud soutient depuis longtemps la carrière du romancier, dont elle a publié plusieurs titres phares. Metin Arditi, ou le panseur helvétique des plaies culturelles parisiennes: «A l’Istanbul de mon enfance, la France n’offrait pas seulement le plaisir de sa culture. Elle était notre référence morale. La clarté de sa langue, l’esprit français, une façon d’être, tout nous menait à conclure, dès qu’il s’agissait d’avoir une opinion, qu’il convenait de prendre modèle sur la France», a confié ce dernier dans son discours, dédié à sa passion pour la langue de Molière.

Le français comme refuge

Que Françoise Nyssen et Franck Riester se retrouvent côte à côte pour saluer l’écrivain, également envoyé spécial de l’Unesco pour le dialogue interculturel, était au fond logique. Chroniqueur au quotidien français La Croix, symbole des ponts tissés entre les cultures et les peuples, Metin Arditi avait ciselé son hommage aux lettres françaises: «Dans cet Orient flou, fluide, aux contours juridiques souvent insaisissables et aux lendemains incertains, la langue française nous réconfortait face à un arbitraire, qui, s’il ne se manifestait pas tous les jours, planait sur nous à chaque instant. Le français était notre refuge. Personne ne nous faisait répéter: «Nos ancêtres les Gaulois».

Un éloge au meilleur de l’esprit français qui, dans les salons parisiens de ce Ministère de la culture en proie aux habituels affrontements budgétaires, a fait souffler un vent unique: celui de l’audace et de la concorde.


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