Chaque semaine de l’été, «Le Temps» propose une immersion dans un patois encore vivace de Suisse romande.

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A Evolène, lorsqu’on se promène dans le village, où qu’on s’attable au café, il n’est pas rare d’entendre des conversations qui se tiennent en patois, cette langue aux sonorités particulières dont nos oreilles ont perdu l’habitude. C’est aussi en cela que le fond du val d’Hérens est unique: il s’agit de la dernière région de Suisse romande où le patois est encore la langue de tous les jours pour une partie de la population. On le parle en famille, entre toutes les générations, alors qu’ailleurs, c’est depuis longtemps la langue des grands-parents, voire des arrière-grands-parents. Certains Evolénards racontent même encore avoir appris le français seulement au moment d’entrer à l’école.

«Pour dire fusée, on va dire fusée»

Langue vivante veut aussi dire langue mouvante. Le patois d’Evolène, ou plutôt olèïnna, n’étant pas resté cantonné à la description des traditions ou de la vie rurale, il s’est depuis toujours adapté à la vie de son temps en intégrant de nouveaux mots. «On fait ça de manière instinctive, explique Gisèle Pannatier, dialectologue et native d’Evolène. Les mots spécifiques entrent dans la langue spontanément» et, souvent, sans couper les cheveux en quatre: «Pour dire fusée, on va dire fusée.»

La prononciation peut bien sûr être adaptée, ainsi l’ordinateur sera prononcé en roulant les r. A Evolène, le gourmand peut donc dire simplement: «Y’ànmo lo chyokolâla». Regarder la télévision se dit: «Avouetchyè la tèlèvujyòn». Ce dernier objet du quotidien a donné lieu à des néologismes dans d’autres idiomes régionaux en voie de disparition, où il est par exemple décrit comme une «boîte à images». Mais «là où le patois est vraiment vivant, on n’a pas besoin d’inventer des périphrases, à moins qu’on veuille faire de la rhétorique. On est un peu paresseux», commente Gisèle Pannatier. Cette paresse, ce choix de la facilité dans lequel chacune et chacun peut se reconnaître, est sans doute la meilleure preuve qu’une langue est véritablement parlée.