Disons-le d’emblée pour ne plus y penser: Elizabeth Walcott-Hackshaw – dont le premier livre, Four Taxis Facing North (2007), vient de paraître aux Editions Zoé sous le titre La Saison des cerfs-volants – est la fille d’un Prix Nobel de littérature, le poète et dramaturge caribéen Derek Walcott (1930-2017). Elle partage avec son père la plume et les mots, et un univers, la Caraïbe. Car elle est née, en 1964, a grandi et vit, là où son père s’était installé en quittant Sainte-Lucie, à Trinité-et-Tobago, petite république insulaire au large du Venezuela.

Terreurs et grincements

Mais tandis que son père a choisi le genre lyrique – poétique, épique et théâtral – Elizabeth Walcott-Hackshaw avance dans la fiction, dans le récit, s’empare de voix – surtout féminines – qu’elle donne à entendre dans les nouvelles fortes et sensibles qui composent ce premier livre. S’il fallait absolument lui trouver une filiation littéraire parmi les Nobel, c’est plutôt à Doris Lessing ou à Nadine Gordimer que l’on songerait, même si on est loin de leurs œuvres monumentales. Comme elles, toutefois, Elizabeth Walcott-Hackshaw raconte un monde loin de l’Europe mais marqué par la culture anglo-saxonne. Comme elles, elle donne à voir et à sentir, par petites touches, les disparités violentes, les malaises irréductibles, les grincements programmés, les terreurs qui traversent ces univers post-coloniaux. A Trinité-et-Tobago, l’Espagne, la France, l’Afrique, l’Angleterre et même l’Inde ont mêlé leurs populations, leurs idiomes, tandis que le cacao, le pétrole, la pêche et les bateaux de croisière ont fait tantôt la fortune, tantôt la misère des îliens.