Il fallait oser. Mettre l’Helvétie branchée au programme de l’une des destinations les plus prisées de la jeunesse noctambule parisienne, loin des dorures et du jardin manucuré de l’Ambassade de Suisse, près des Invalides, ou des expositions dédiées à l’art contemporain du centre culturel Suisse, au cœur du Marais.

Direction l’est de la capitale française, dans ce quartier d’affaires et universitaire dominé par la bibliothèque François Mitterrand. Nous sommes au Wanderlust, dans le bâtiment de la Cité de la mode et du design, quai d’Austerlitz, au-dessus de la Seine toujours en crue. Espace ouvert, hyperurbain, résolument jeune, populaire, innovant. C’est là que le drapeau à croix blanche sera planté, tout au long de l’Eurofoot, du 10 juin au 10 juillet.

Le savoir-faire suisse, c’est aussi celui de la culture et de la créativité

Musique, culture, performances artistiques et théâtrales… le «Wanderswiss» sera, sur fond de projections des matches de la compétition sur grand écran, le portrait d’un pays aux antipodes de celui habitué à dialoguer avec l’imposant ministère français des finances, juste en face. L’autre face d’une Confédération dont les ambassadeurs seront, tout au long de ce mois, les footballeurs de la Nati, le théâtre de Vidy, les créateurs lausannois ou les festivals de Montreux et Locarno.

Chocolat, cinéma et polars

Pari risqué, mais assuré de faire le «buzz». Antoine Caton est l’un des directeurs du Wanderlust et du Silencio, le club beaucoup plus huppé de la rue Montmartre, ouvert en 2011 et décoré par le cinéaste David Lynch. La Suisse? «Efficace et déjantée. Pragmatique et classe à la fois. Une personnalité nationale parfaitement en ligne avec notre démarche» explique-t-il, alors qu’une foule bigarrée se presse, ce mardi soir, pour l’habituelle soirée hip-hop.

«Le savoir-faire suisse, c’est aussi celui de la culture et de la créativité» complète Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse, opérateur de la manifestation. «Le sport comme phénomène de société est, en plus, une excellente entrée pour attirer le public français».

En journée et jusqu’à l’aube, le «Wanderswiss» – dont l’accès sera gratuit jusqu’à 23 heures – ne sera pas qu’un club d’aficionados de la musique et du ballon rond. On y verra des œuvres d’art, dont un néon géant en cours de montage, on goûtera à des spectacles, on y applaudira les joueurs dans une ambiance de Paris réinventé et créatif, à deux pas de cette gare de Lyon où débarquent chaque jour les TGV franco-suisses Lyria.

Atelier chocolat le 11 juin, jour de Suisse-Albanie. Discussion avec des auteurs de polars suisses le 12. «Plaza Grande sur Seine» le 13, pour mettre à l’honneur les cinéastes fétiches du festival de Locarno. Plus une série de débats organisée avec «Sofoot», partenaire éditorial de l’opération imaginée par l’équipe de Présence Suisse avant de mettre le cap sur les Jeux Olympiques de Rio où la gastronomie et les vins helvétiques seront mis en valeur.

Le choix de la jeunesse

Convaincre? Non, séduire. Alors que la Confédération continue de payer, en France, le prix des poursuites judiciaires engagées pour fraude fiscale contre l’UBS et de subir l’opprobre officiel lié au secret bancaire, «Wanderswiss» s’efforcera de prendre le contre-pied. Dommage, au passage, qu’aucun média helvétique n’ait été associé, pour relayer auprès d’un public parisien cette image différente de la créativité «Swiss Made».

Le lieu pouvait se prêter à bien plus que des débats sur les dessous du foot, et des journées spéciales comme celle du 29 juin consacrée à Lausanne, auraient pu justifier, dans ce cadre original et propice à l’émergence d’idées nouvelles, des prolongements sous forme de discussions ou de confrontations franco-suisses.

Faire confiance à la jeunesse

Mais qui dit sport dit d’abord fête, dans une capitale française de plus plombée par l’atmosphère sécuritaire et les convulsions sociales: «Le pari le plus révélateur pour moi est sans doute celui de la jeunesse» poursuit Antoine Caton. «La Suisse fait ici le choix des jeunes quand la France peine tant, en général, à leur faire confiance. Cela mériterait d’y réfléchir.»

Sur la Seine, dont la lente décrue laisse derrière elle d’importantes traînées de boue, les reflets de l’armature vert fluo des lieux ricochent sur les rythmes hip-hop. Les fans helvétiques auront bien sûr d’autres endroits à Paris pour fêter les succès espérés de la Nati – basée, elle, à Montpellier – dont les deux fan-zones officielles du Champ-de-Mars et de l’Hôtel de Ville. Pas sûr toutefois que côté ambiance, ils puissent rivaliser avec ce lieu où la programmation de qualité entend montrer le meilleur d’une Suisse ouverte, moderne et énergique. Une Suisse (déjà) victorieuse.

Inaugurée ce jeudi soir, la «House of Switzerland» ouvrira ses portes dès vendredi. Pour le programme complet: www.wanderswiss.com