Chaque semaine de l’été, «Le Temps» a proposé une immersion dans un patois encore vivace de Suisse romande.

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En Suisse romande, les patois sont défendus dans chaque région par diverses associations souvent très actives, qui organisent des cours et, vieillissantes, tentent de rallier les plus jeunes. Souvent en vain, à quelques exceptions près. L’intérêt de certains jeunes pour le patois participe sans doute d’un mouvement de réaction à une forme de culture mondialisée. Il est l’expression d’un besoin de racines. D’autres y voient un utopique retour aux vraies valeurs locales, un monde néorural où l’on échangerait de bonnes vieilles sagesses terriennes en patois. Mais malgré ces quelques soubresauts, les scientifiques étudiant ces langues vernaculaires s’accordent pour déclarer les patois condamnés, voire déjà morts par endroits. Cette langue, jadis méprisée par les élites culturelles aura alors achevé sa révolution: de majoritairement orale, elle sera désormais exclusivement écrite, et, en lieu et place des locuteurs paysans historiques, elle ne sera plus comprise que par une poignée d’universitaires.

Quelques mots

L’héritage de ces variantes du franco-provençal subsistera pourtant sûrement dans la langue parlée dans les cantons romands. Quelques mots et tournures tirés du patois teintent en effet nos français régionaux. On pourra ainsi toujours dire à une «batoille» de se taire, aller se mettre à la «chotte» quand il «roille», ou bûcheronner des «foyards» en forêt.

«Il veut pleuvoir», ou «j’ai personne vu», des constructions que l’on continue d’entendre surtout à la campagne, sont elles aussi issues du patois. De plus, décrire des éléments propres à un terroir, comme un raccard en Valais, ne peut se faire sans utiliser des termes qui trouvent leur origine dans nos dialectes – certains d’entre eux se sont même frayé un passage jusqu’à être adoptés dans le français courant, tels «avalanche» ou «crétin». Sans oublier les innombrables toponymes basés sur le patois. Dans le canton de Genève, pour n’en citer qu’un, Vernier vient ainsi de «verne», signifiant «aulne». Ce sont d’ailleurs ces noms de lieux qui offrent la garantie de voir des mots de patois prononcés encore longtemps.

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