Relire aujourd’hui Le Désert des Tartares de Dino Buzzati – qui fut pour beaucoup une lecture d’école – est une expérience passionnante. Parce que ce livre paru en 1940 interroge à travers la figure de Drogo la jouissance et la terreur de l’assignation perpétuelle à un lieu, le fort Bastiani en l’occurrence. Il questionne aussi notre rapport ambigu à la catastrophe, à la menace: plus elle est diffuse, plus elle tarde, plus la confrontation devient désirable…

Pour mémoire, le jeune officier Giovanni Drogo se rend au fort Bastiani, sa première affectation, une citadelle perdue en haute montagne, d’où l’on devine, entre des sommets escarpés, le triangle d’un désert pierreux, territoire ennemi s’étendant à perte de vue; il faut se rendre sur une fortification avancée pour l’embrasser dans son ensemble, sans pour autant en voir davantage.

Heure miraculeuse

Drogo veut fuir, mais il restera là, et brûlera sa vie à guetter d’imperceptibles mouvements dans la plaine, à attendre une bataille contre l’ennemi quasi invisible, fasciné, hypnotisé, séduit par la promesse – pourtant menaçante – d’une confrontation héroïque… «C’est du désert du nord que devait leur venir leur chance, l’aventure, l’heure miraculeuse qui sonne une fois au moins pour chacun.»

Relire le roman de Buzzati en 2020 fait surgir d’étranges échos avec une saga récente, Le Trône de fer. Là, une garde de nuit, à la fois renégate et héroïque, guette le long d’un mur, un territoire du nord, hostile, endormi durant des siècles jusqu’à ce que l’hiver, et l’ennemi avec lui, finisse par arriver.


Des romans d’enfermement et d’aventures: