En Asie, le sage se retire volontiers dans un ermitage, un lieu entouré d’arbres et de silence, où il peut contempler le monde tel qu’il est. Rouleaux peints, poèmes en vers chantent le bonheur classique de la solitude parfaite.

«Avoir peu à faire entraîne à porter l’attention à toute chose.» Cette observation qui ne déparerait pas sous le pinceau d’un sage chinois est de Sylvain Tesson. Après avoir bourlingué en tous sens, il lui fallait tester les vertus de l’immobilisme. En aventurier qu’il est, il a choisi d’arpenter le temps – celui qui passe et celui qu’il fait – dans un environnement extrême, la Sibérie des bords du lac Baïkal.

La solitude comme art de vivre

Aussi, quand «l’œil bleu de la Sibérie» est devenu blanc, il est allé passer tout un hiver sur les rives du grand lac gelé, dans une cabane sous les arbres et surtout dans la neige et les glaces. C’était l’hiver 2010. Il en a ramené une sorte de journal, Dans les forêts de Sibérie, où il note que «le défilé des heures est plus trépidant que l’abattage des kilomètres».

Cette exploration fixe de février à juillet, ce parcours immobile – tout au plus se risque-t-il à quelques expéditions rapides aux alentours – pourrait paraître anecdotique, sans le déplacement de soi qu’elle opère et que Sylvain Tesson traduit dans ses notes. L’ermite improvisé est doué, se nourrit d’un rien, une fois bien installé il traverse presque joyeusement les frimas: «La glace se convulse. Elle vit et je l’aime», écrit-il. Merveilleuse expérience d’autonomie, où la solitude se mue peu à peu en art de vivre.


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