Il n’en fallait pas moins. Dès ce 17 décembre, 20h côte Est, la chaîne FXX lance un marathon constitué des 672 épisodes à ce jour des Simpson, ainsi que du long métrage. Il faudra une quinzaine de jours pour venir à bout de cette diffusion non-stop, destinée aussi à faire de la publicité au service de vidéo en ligne de Disney, désormais hôte de l’intégralité du dessin animé.

Trente années à peindre l’Amérique en jaune. Les Simpson sont apparus le 17 décembre 1989 sur Fox. Leur créateur, Matt Groening, ruminait depuis longtemps l’idée d’une série animée sur une famille américaine non seulement quelconque, mais même bête, moche et sans aucune valeur d’édification morale. L’objectif, servir de poil à gratter, a vite été atteint: le premier triomphe du feuilleton apparaît lorsque, dans ses jeunes semaines, le président Bush père les cite comme contre-exemple de la famille américaine modèle. «Un petit chef-d’œuvre de série que Bush déteste», lance Le Nouveau Quotidien, l’un des ancêtres du Temps, en juin 1992, quand le dessin animé arrive sur la «TSR», après avoir été goûté par les privilégiés abonnés à Canal +.

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Une présidence Trump imaginée en 2000

Tout le monde déteste et adore la famille foireuse, qui ne vieillit jamais. Les Simpson ont annoncé une présidence Trump – après coup: Lisa est présidente et doit faire face à l’abyssal déficit laissé par administration Trump. C’était en… 2000.

La série est revenue à la charge au début de l’année électorale 2016, avec un Trump président au lit, tweetant et refusant de répondre aux appels venant de la salle de crise, alors que la Chine a lancé une flotte contre les Etats-Unis. Il tweete toujours, puis se décide à se lever, met des heures à s’habiller – il faut commuer son chien en coupe de cheveu – et se met enfin en route, alors que les vaisseaux de guerre avancent. C’est l’humour Simpson, forgé par des bataillons de scénaristes, ce mélange unique de satire corrosive et d’absurde qui lui permet d’éviter la lourdeur, risque constant dans la parodie.

Springfield, creuset américain

Springfield, petite ville à l’école déglinguée (surtout intellectuellement), à la centrale nucléaire qui craint, au maître avide et vide, est devenue la petite jumelle de l’Amérique, son pendant romanesque et ricanant. Les Simpson, la série, a passé le pays à travers sa moulinette, elle a absorbé les stars, les anti-stars, les gentils, les méchants, les fades, elle a mixé la pâte sociale et politique de ses origines pour la modeler en un jardinier écossais fou, un épicier indien nerveux ou un ultra-protestant benêt. Elle a refait l’histoire de la nation, elle a imaginé son futur – dans trente ans, d’ailleurs, au fil de la 11e saison, justement quand il était question de ce dissipateur de Trump qui venait de quitter la Maison-Blanche.

La famille jaune a ri de tout, même de sa propre maison. Ce n’est pas un des moindres paradoxes des Etats-Unis contemporains que la série animée la plus rigoureusement sarcastique est diffusée, presque sans broncher depuis trente ans, par Fox. La chaîne devenue pendant ces décennies la vitrine du conservatisme nationaliste, et dont le fond a été racheté par Disney.

A cette heure, malgré une récente rumeur lancée par le compositeur Danny Elfman, rien n’indique que les commanditaires veuillent arrêter l’aventure, dont l’audience ne cesse pourtant de baisser. L’Amérique a encore besoin d’Homer, Marge, Bart, Lisa et Maggie.


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Le Nouveau Quotidien, 21 juin 1992 (voir la page sur notre site)