Il aurait dû être la star de 2020 – avant de se retrouver légèrement éclipsé par le pangolin. Beethoven, dont on fête actuellement le 250e anniversaire, n’a pas été complètement oublié, surtout pas par ceux qui le pratiquent depuis des années. C’est le cas du quatuor vaudois Sine Nomine (lui-même 35 ans cette année) qui, bien déterminé à marquer le coup, se lance dès ce jeudi dans une intégrale des quatuors du compositeur – 16 pièces pour 8 concerts, donnés chaque dernier jeudi et vendredi du mois de fin août à fin novembre.

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Un marathon, ou un pèlerinage devrait-on dire, d’autant que les concerts transhumeront dans quatre églises différentes de la région lausannoise – l’abbaye de Montheron, le temple de Chailly, l’église Saint-Laurent puis l’église de Saint-Sulpice. Un défi surtout, car même si les quatuors de Beethoven ont toujours fait partie du répertoire de Sine Nomine, ces œuvres restent techniquement délicates.

«L’écriture est extrêmement dense et complexe. D’ailleurs, Beethoven s’engueulait régulièrement avec son violoniste à ce sujet, s’amuse Hans Egidi, alto du quatuor. La partition demande de connaître parfaitement ce que jouent les autres car tout est imbriqué, on se répond constamment.» Habituellement conçu pour les amateurs, le format du quatuor se mue ici en voltige pour professionnels.

Folle énergie

Avec ses collègues Patrick Genet et François Gottraux aux violons, et Marc Jaermann au violoncelle, Hans Egidi tenait pourtant à s’attaquer à ces géants. Aussi parce qu’ils sont autant de miroirs de l’évolution musicale de Beethoven, toujours plus en rupture avec ses aînés – et avec l’attente populaire. Les quatuors ont d’ailleurs été classés en trois volets, pour séquencer cette émancipation. «A partir du deuxième volet, on voit que Beethoven assume un certain élitisme, voire un autoritarisme en demandant au public un vrai travail d’écoute, explique Hans Egidi. Contrairement à Mozart, Beethoven ne l’aimait pas passif, ne cherchait pas à lui plaire, ni à se faire comprendre.»

Provocant, Ludwig? «De plus en plus isolé dans son monde», estime plutôt Hans Egidi. C’est pourtant une énergie folle qui se dégage de ses quatuors, où tonnent les cordes, où s’invitent les espiègleries, où jaillissent les couleurs. «Il y avait aussi un côté rock chez Beethoven», s’exclame l’altiste. Des coups d’éclat (et de génie) à saisir ces prochaines semaines dans autant de lieux intimistes, pour une ascension progressive et délicieuse du sommet Beethoven.


Intégrale des quatuors de Beethoven. Divers lieux du canton de Vaud. Du 27 août au 27 novembre, chaque dernier jeudi et vendredi du mois. Entrée libre.