«Bruyant»: c’est l’un des adjectifs les plus employés pour décrire Tenet, le blockbuster de Christopher Nolan sorti mercredi dernier. La faute à une bande originale bourdonnante et répétitive, venue alourdir un scénario déjà obscur – et l’exemple parfait d’un film où sons et images ne se complimentent pas forcément. Ils se répondent au contraire parfaitement dans Ete 85, la dernière œuvre de François Ozon elle aussi en salle, participant à planter un décor furieusement eighties. Parfois déséquilibré, parfois vertueux, le dialogue qui s’instaure entre musique et cinéma n’est en tout cas jamais accessoire.

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C’est pour célébrer les (nombreux) points de convergence entre ces deux arts que Vincent Bossel et Noé Maggetti, réalisateur pour le premier, diplômé en histoire esthétique du cinéma pour le second, ont fondé l’an dernier le Tourne-Films Festival (TFFL): un rendez-vous en bonne partie gratuit mêlant projections, concerts et tables rondes. Malgré la pandémie, la deuxième édition aura bien lieu la semaine prochaine à Lausanne, cette fois sur la pelouse du parc de Mon-Repos.

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«On a passé un pacte: de toute façon, on allait essayer de proposer quelque chose en restant ultra-flexibles, explique Vincent Bossel. Ce n’était pas facile pour les nerfs mais, finalement, on a une édition avec une jolie envergure.»

Marilyn et les Beatles

Cinq jours de célébrations (avec les mesures sanitaires qui s’imposent) consacrés, après les comédies musicales l’an dernier, aux band movies: ces films qui mettent en scène des groupes, réels ou fictifs, entre concerts, coulisses et groupies. «Il y a dans ces films un esprit collectif et festif. La musique devient un vecteur d’amitié, de rencontres, voire de combat, souligne Vincent Bossel. On le verra notamment dans le cadre d’une carte blanche au Festival cinémas d’Afrique, qui présente A peine j’ouvre les yeux, un film réalisé par une Tunisienne mettant en scène la jeune chanteuse d’un groupe arabo-rock, engagée pour la jeunesse du pays.»

Cinq autres band movies ont été sélectionnés par les organisateurs. Ni Bohemian Rhapsody ni Rocketman à l’horizon, mais des films destinés à surprendre le public, invité à les (re)découvrir. Pour ouvrir le bal mercredi, Almost Famous de Cameron Crowe, film déjanté des années 2000 avec Billy Crudup, Frances McDormand et Kate Hudson. On y suit l’histoire d’un adolescent, engagé comme journaliste musical par le magazine Rolling Stone, qui se retrouve à suivre un groupe de rock en tournée et y vit ses premiers émois.

Ambiance en noir et blanc jeudi avec Certains l’aiment chaud (1959), grand classique de Billy Wilder avec Marilyn Monroe, qui voit deux musiciens coursés par des malfrats se travestir, rejoindre la troupe d’un orchestre… et tomber sous le charme de la chanteuse aux boucles platine. Tout aussi mythique, Quatre Garçons dans le vent (1964) met en scène Paul, John, George et Ringo volant de ville en ville, poursuivis par des hordes hystériques et un grand-père canaille…

Echos psychédéliques

Avant les projections, des concerts d’artistes locaux feront écho aux longs métrages – le rock psychédélique des Veveysans de Mount Kōya, par exemple, précédera la fièvre des Beatles. Une conférence donnée dimanche par le chroniqueur radio et TV Pierre-Do Bourgknecht apportera même un éclairage sur les morceaux, plus ou moins «tubesques», interprétés à l’écran durant tout le festival.

Autre caractéristique du TFF, son amour du clip vidéo, genre longtemps ignoré si ce n’est dénigré par le septième art. Outre la compétition des meilleurs courts métrages musicaux, relancée cette année, une sélection des meilleurs clips vidéo internationaux sera également proposée en début de soirée. Avec une Suissesse, Mei Fa Tan, en bonne position. A découvrir en plein air et sur grand écran, un combo exquis contre la corona-déprime.


Tourne-Films Festival. Parc de Mon-Repos à Lausanne, du 9 au 13 septembre. www.tournefilms.com