Les livres pour enfants ont leur Prix Nobel de littérature. Il ne s’appelle pas Alfred Nobel mais Hans Christian Andersen et il a été attribué le 26 mars dernier à l’auteure japonaise Eiko Kadono, qui inventa, notamment, les aventures de Kiki la petite sorcière, et au brillant illustrateur russe Igor Oleynikov, dont chaque image est un conte en soi.

Chaque année, le Prix Andersen récompense donc à la fois l’écrit et l’image, ingrédients essentiels des livres pour enfants. Une alliance qui perdure dans la bande dessinée mais que le roman finit par abandonner, laissant au lecteur tout loisir de se faire son propre film.

Pour dire à quel point le livre pour enfants est précieux, laissez-moi vous raconter un souvenir, celui d’un album du Petit Chaperon rouge que j’avais, enfant, signé des frères Grimm et illustré par Bernadette Watts. «Il était une fois une petite fille si charmante que tout le monde l’aimait…» Je l’ai lu et relu. Ou, plutôt, on me l’a lu et relu. J’ai eu cette chance.

Je regardai intensément les images: la petite fille au foulard rouge, la forêt, les arbres, les fleurs innombrables qu’elle s’égare à cueillir en chemin au lieu de filer droit chez sa mère-grand. Et puis le loup, bien sûr. Un loup qui ne faisait pas très peur. Toutes ces images étaient baignées pour moi d’un halo de lumière doré, palpitaient de vie et de couleurs. Devenue adulte, le souvenir de cet album magique ne m’a pas quittée.

Un jour, dans un carton, dans la cave de mes parents, j’ai retrouvé Le Petit Chaperon rouge. Je l’ai ouvert fébrilement, dans l’attente du miracle. Il n’eut pas eu lieu. L’histoire était simple et connue. Les images étaient belles, magnifiques mêmes, mais moins chatoyantes, moins magiques que dans mon souvenir. J’ai été un peu déçue.

Et puis, j’ai compris. Ce que ce livre m’avait apporté, grâce à ses mots et à ses superbes images, c’était moins ce qu’il était que la révélation du pouvoir extraordinaire de l’imagination. Il avait servi de tremplin à mes rêveries, à mes pensées et il les avait lancées dans le ciel, ouvertes au monde, nourries. Il avait ouvert les vannes du songe. Ce que ce livre m’avait appris et donné, c’est la force de la représentation et de la fiction.

Si aujourd’hui, je n’ai plus besoin des images de Bernadette Watts pour décoller, et créer mes propres visions, c’est peut-être en partie grâce à ce bel album du Petit Chaperon rouge, auquel enfant, j’ignore pourquoi, je m’étais passionnément attachée.


Frères Grimm, «Le Petit Chaperon rouge», illustrations de Bernadette Watts, Nord-Sud