Il y a des livres qu’on brandit comme des fétiches, des ouvrages de fiction qui reviennent régulièrement au fil de l’actualité. L’humanité n’est pas si inventive que ça: le catalogue des souffrances et des maux qu’elle s’inflige trouve souvent écho dans des histoires déjà racontées.

L’élection inattendue de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, son style outrancier et l’usage d’une novlangue de son cru ont réveillé les lecteurs de 1984 de George Orwell, ceux du Complot contre l’Amérique de Philip Roth et les fans d’Aldous Huxley et de son Meilleur des mondes. Elle a aussi invité d’autres curieux, en quête d’explications, à ouvrir Le Grand Escroc d’Herman Melville ou Sinclair Lewis et son Impossible ici.

La marche des femmes qui a salué l’élection de ce président si peu féministe a défilé en bonnet rose aux oreilles de chat. Mais la réponse littéraire aux errements phallocrates du locataire de la Maison-Blanche, aux campagnes anti-avortement qui cartonnent, n’est pas rose mais rouge. Elle vient d’un livre intitulé The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood, paru en 1985 et traduit en français sous le titre La Servante écarlate.

Le futur est proche, si proche que l’héroïne, réduite par un régime délirant à ses seules qualités de femelle reproductrice, a les mêmes souvenirs que nous. Eugénisme, société de castes, natalisme, délires procréateurs, coercitions, système de châtiments et de récompenses, tout tourne autour des naissances et des femmes devenues l’affaire de la société tout entière. Le livre, qu’on peut découvrir dans une traduction de Sylviane Rué dans la collection Pavillons poche de Robert Laffont, décrit de l’intérieur un régime totalitaire qui prend les femmes pour cible.

Et il n’y a pas que Trump ou les féministes américaines qui réveillent La Servante écarlate, une série produite par Hulu, arrivée ces derniers mois sur les écrans, connaît un succès remarquable et Le Monde vient de lui consacrer un bel article.

Les dystopies sont à la mode. On se demande parfois si ce monde-ci n’en est pas une. Si la fiction n’empêche rien, elle dessine des mondes possibles et donne à réfléchir sur celui-ci. Voilà donc un petit livre rouge à brandir bien haut.


Margaret Atwood, «La Servante écarlate», trad. de l’anglais (Canada) par Sylviane Rué, Robert Laffont, Pavillons poche