Vous l’avez sans doute déjà vue apparaître, intempestivement, au moment de lancer l’application. Et balayée d’un geste machinal, bouton «non merci». La campagne de pub pour YouTube Premium, abonnement payant de la célèbre plateforme vidéo, semble particulièrement agressive ces temps-ci. Lancé en 2014 sous le nom de Music Key puis de YouTube Red, ce service premium est disponible en Suisse depuis le mois de novembre mais s’était jusque-là fait discret.

Outre la lecture de vidéos sans publicité, en continu et même hors connexion, l’abonnement offre, pour 15,90 francs par mois, l’accès à des contenus originaux. Parmi lesquels des films, des documentaires, des téléréalités… et un florilège de séries. Ou comment YouTube tente de rafler une part du gâteau déjà bien englouti par Amazon, Netflix, Facebook et bientôt Apple Watch.

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Au total, on compte une quarantaine (!) de ces web-fictions, qu’on visionne en tapant simplement leur nom dans la barre de recherche YouTube. Pour la plupart anglophones – des sous-titres en français sont disponibles –, elles balaient tous les genres, de la comédie romantique au thriller spatial, et sont plus ou moins dignes d’intérêt. Si le premier épisode est toujours gratuit, certaines de ces fictions seront accessibles dans leur intégralité dès la fin août, à en croire les récentes communications de YouTube. Aveu que le filon n’est pas aussi attractif que prévu? La nouvelle est en tout cas réjouissante pour le public. Mais quelles séries valent vraiment le coup d’œil? Petite sélection.

«Wayne» (2019)

Sans conteste la star des séries YouTube, brillant par son impertinence, son ton rock’n’roll et décalé. Les dix épisodes, produits par les scénaristes de Deadpool – on voit vite la filiation –, nous plongent dans le quotidien miséreux d’une ville du Massachusetts où vit Wayne (campé par l’excellent Mark McKenna), ado au teint livide et à l’agressivité à fleur de peau. Lorsque la voiture de son père, qui vient de succomber à une longue maladie, est volée, le désormais orphelin enragé décide de partir à sa recherche en compagnie de Del, jeune voisine à la famille problématique et dont il tombe amoureux. Un road trip façon The End of the F***ing World, qui mélange violence, dialogues comico-absurdes et sentiments maladroits. Rugissante et tendre à la fois.

«Origin» (2018)

Si vous aimez les slashers en apesanteur, Origin remplit parfaitement le contrat. Après une violente collision, une vingtaine de voyous se réveillent dans le vaisseau spatial censé les emmener jusqu’à Thea, lointaine planète synonyme de nouvelle vie. Un mafieux japonais, une garde du corps traumatisée ou encore une jeune hackeuse tentent alors de comprendre pourquoi leur voyage a été interrompu. Et de survivre, car quelque chose dans le vaisseau tue ceux qui s’aventurent seuls dans les couloirs infinis… Si le scénario, ponctué de flash-back renvoyant au passé des passagers, a de sacrés airs de déjà-vu, l’originalité de cette série d’anticipation réside dans son casting international, avec des acteurs s’exprimant régulièrement dans leur langue maternelle. Parmi eux, Tom Felton, anciennement Drago Malefoy dans les films Harry Potter. Et l’univers tout en acier et néons se révèle plutôt esthétique.

«Cobra Kai» (2018)

Les fans de Karaté Kid auront vite fait le lien: Cobra Kai, c’est le nom du dojo – école d’art martial – où se déroule cette célèbre saga des années 80. Elle mettait en scène Daniel LaRusso, adolescent en difficulté à qui le vieux jardinier Miyagi accepte d’apprendre l’art et la philosophie du karaté. Dans la série, on retrouve le protagoniste et son fameux rival, Johnny Lawrence… trente ans plus tard. Si le premier gère aujourd’hui une concession automobile, avec maison gigantesque et famille (presque) parfaite, le second est un paumé sans le sou qui tente d’enseigner à son tour le karaté. Leurs chemins vont évidemment se croiser à nouveau, tout comme ceux de leurs protégés respectifs. Est-ce parce que les acteurs originaux, Ralph Macchio et William Zabka, ont repris leurs rôles? Toujours est-il que Cobra Kai parvient à aborder, avec un mélange de nostalgie, de simplicité et de légèreté assumée, les thèmes de la famille, du pardon et, surtout, du respect de soi. Les internautes en redemandent, au point qu’une troisième saison a déjà été annoncée.

«Weird City» (2019)

Imaginez une ville scindée en deux. Au sud, les citoyens vivent comme nous, tandis que, au nord, la vie des plus privilégiés est régie par les technologies du futur: ascenseurs supersoniques, assistants personnels sous forme de lunettes, implants télévisuels… Les six épisodes de Weird City racontent de courtes histoires, de la recherche de l’âme sœur 4.0 aux dérives d’une maison intelligente trop possessive, indépendantes mais reliées par une avalanche de clins d’œil. Sorte de Black Mirror version déjantée, avec son lot de guest-stars – dont Laverne Cox, d’Orange is the New Black –, Weird City ne se prend jamais au sérieux. Au point d’être parfois difficile à suivre. Mais, sous ses airs absurdes et colorés, la série dépeint avec mordant un monde où l’intelligence artificielle est source de solitude, d’inégalités… et de ridicule.