La série Zero Zero Zero propose une passionnante, et ambiguë, étude de cas. Comment transposer à l’écran un ouvrage essentiellement documentaire? Si l’œuvre de Roberto Saviano (Extra pure: Voyage dans l’économie de la cocaïne) est présentée comme un roman, elle a son assise sous forme d’enquête. La série qui en découle doit, par nature, accroître son dispositif de fiction, se faire symbole, voire métaphore, du sujet, la globalisation du marché des drogues.

Dans ce cas, il est question de la cocaïne et ses flux. Si l’ancien journaliste avait composé Gomorra comme une fable limitée, mais surtout nourrie, par son enracinement local napolitain, avec Extra pure, il voulait passer du micro au macro. Montrer les circuits matériels, de la plante puis la poudre, et financiers, ainsi que ceux des pouvoirs concernés. Tout en gardant sa posture d’écrivain. Il notait en préambule: «Se plonger dans les histoires de drogue est l’unique point de vue qui m’ait permis de comprendre vraiment les choses. Observer les faiblesses humaines, la physiologie du pouvoir, la fragilité des relations, l’inconsistance des liens, la force colossale de l’argent et de la férocité.»