C’était le 1er avril. Autant dire que, cette année, le jour de l’égalité des salaires est passé légèrement inaperçu devant la quantité d’autres enjeux amenés par la crise sanitaire et le (semi-)confinement. Cette date marque la fin des trois mois supplémentaires de travail nécessaires pour que les femmes gagnent les mêmes montants que les hommes en 2019.

Pourtant, la crise ne balayera pas toutes les revendications que la grève des femmes l’an dernier a portées plus que jamais à l’agenda, assurent les experts. «A une autre époque, les dossiers de genre et d’égalité auraient été passés sous silence lors d’une crise d’une telle ampleur, estime Sylvie Durrer, directrice du Bureau fédéral de l’égalité entre hommes et femmes. Aujourd’hui, ils font partie intégrante de la réflexion.» Ce d’autant que «l’importance systémique de nombreuses professions et activités majoritairement exercées par des femmes a été reconnue. La question de la valeur salariale du travail exercé par certaines catégories professionnelles été mise au premier plan.»

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Chiffres en 2021

Il est trop tôt pour dire comment les discriminations salariales ont évolué en un an, souligne de son côté Regula Bühlmann, secrétaire centrale à l’Union syndicale suisse (USS), spécialiste du dossier de l’égalité, qui rappelle que l’OFS publie ces chiffres tous les deux ans. La prochaine échéance a lieu cette année et les résultats seront publiés début 2021. Au dernier comptage, les hommes gagnaient 819 francs de plus que les femmes. Un écart justifié en partie par des facteurs objectifs, expérience ou formation, mais dont 40% ne s’expliquent pas. C’est ce pourcentage que les experts considèrent comme des discriminations salariales.

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Regula Bühlmann compte sur la loi révisée qui doit entrer en vigueur le 1er juillet prochain. Loin d’éclipser la cause de l’égalité, à son avis, la crise a même montré, au-delà de l’importance de lutter contre les discriminations salariales, le rôle essentiel des métiers dits «du care». «Cette crise devra donner un nouvel élan pour revaloriser ces emplois, occupés essentiellement par des femmes, prédit-elle. Nous avons ici une chance de faire avancer cette cause.»

Point de bascule

Revu dans ses ambitions, le projet de loi a peiné à passer la rampe du parlement, avant que la grève des femmes lui donne l’élan nécessaire l’été dernier. Dès cet été, les sociétés de plus de 100 salariés ont un an pour analyser leur politique salariale. Elles devront le faire tous les quatre ans. Jugée un peu molle parce qu’elle n’impose aucune sanction aux entreprises qui ne réaliseraient pas l’égalité salariale, cette révision arrive pourtant à point nommé.

«La loi va accélérer le processus sans que la crise actuelle puisse être utilisée comme excuse. On peut regretter qu’il s’agisse d’une version légère, mais cette loi change le paysage de l’égalité salariale», estime Véronique Goy Veenhuys, fondatrice de la Fondation Equal-Salary, qui certifie les entreprises depuis plusieurs années, dont récemment UBS en Suisse. «Nous avons désormais atteint un point de bascule. Des entreprises ont commencé avant d’y être contraintes, les autres n’ont maintenant plus le choix. Elles devront communiquer leurs éventuels écarts salariaux et s’expliquer le cas échéant», ajoute la spécialiste, qui mesure le chemin parcouru en un an avec l’élection de davantage de femmes au parlement, dont la proportion est passée de 32% à 42% pour le Conseil national.

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Sylvie Durrer observe d’ailleurs que «toutes les instances concernées (entreprises, organes de révision, représentation des employé-e-s) se préparent à une mise en œuvre» de la loi révisée. De fait, les entreprises se sont effectivement mises au travail, crise ou non. C’est ce qu’assure Jean-Pierre Vogt, consultant chez Cepec, un cabinet qui réalise l’analyse des salaires pour le compte d’entreprises. «Nous avons reçu passablement de demandes de mandats, que la pandémie n’a pas freinés parce que nous pouvons faire cette étude sans être en contact direct avec les employés ou les entreprises, et parce que ces dernières ne veulent pas devoir faire l’analyse en catastrophe.»