Michelle Obama vend ses mémoires, intitulés Devenir, comme des petits pains, tandis que pour sa tournée mondiale les billets se sont écoulés à toute vitesse. Pourquoi donc un tel engouement pour celle qui n’est finalement connue que pour être l’épouse d’un président américain, lequel a quitté depuis maintenant presque deux ans la Maison-Blanche?

Bien sûr, le marketing et la communication qui entourent la sortie de son livre jouent leur rôle. Mais ils n’expliquent pas tout. Certes, les Américains vouent souvent un culte à leurs First Ladies: il suffit de songer à Jackie Kennedy. Mais, même si nombre de femmes s’inspirent aujourd’hui des tenues de Michelle Obama, son apparence ne suffit pas à en faire une star.

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Michelle Obama compte d’abord parce qu’elle a été la première femme noire à devenir «première dame». Elle est l’épouse d’un président noir, lui aussi. Si elle est l’héritière de la lutte pour les droits civiques, elle est aussi issue d’une famille modeste et descendante d’esclaves. Rien ne lui ouvrait le chemin vers la Maison-Blanche.

Elle a amené à Washington, outre ses combats, une culture afro-américaine populaire qui n’avait jusque-là guère eu droit de cité au sommet. Vu d’Europe, où l’on mesure mal l’ampleur des clivages américains, c’est peut-être moins impressionnant encore qu’aux yeux des Américains eux-mêmes. On le comprend en la lisant.

Michelle Obama touche ensuite parce qu’elle a assumé sa vie de femme. Elle a étudié, travaillé, su concilier maternité et activités professionnelles. Engagée dans les campagnes de son époux, elle l’a aidé de toutes ses forces à se faire élire, malgré ses réticences à le voir ainsi lui échapper.

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Elle est aussi parvenue à rester elle-même. Sa personnalité, sa stature, son humour, son engagement en faveur notamment des femmes et des jeunes défavorisés lui ont permis d’asseoir sa propre image. Sans avoir, et de loin, la pugnacité politique d’une Eleanor Roosevelt, elle s’est efforcée de mener ses propres campagnes pendant que son époux régnait.

Enfin, si elle attire les foules aujourd’hui, c’est sans doute parce qu’elle représente tout ce que l’Amérique de Trump n’est pas. Michelle Obama est une femme puissante, une femme afro-américaine, à l’heure où le président américain s’emploie à saper aussi bien l’égalité que la diversité.

Et il y a certainement une part de nostalgie dans la fête que le public fait à Michelle Obama. Elle nous rappelle que l’Amérique peut aussi être ouverte, progressiste, moderne, vivante et digne. Et elle incarne sans doute, malgré son refus clair et net de briguer à l’avenir un haut poste politique, l’espoir que cette Amérique-là n’a pas disparu, qu’elle est toujours vivante et qu’un jour, peut-être, elle reviendra.