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Cette semaine, Le Temps vous a emmené en road trip dans l’Amérique de Trump, de New York à Miami, en passant par les Everglades, Atlanta ou encore la Pennsylvanie. Une boucle de 6200 kilomètres, 11 Etats traversés en vingt et un jours, effectuée dans un contexte bien particulier. Mais que seraient les reportages de terrain sans surprises et rebondissements?

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Une bonne fenêtre de tir

Il y a d’abord eu le Covid-19. Après avoir dû renoncer à d’autres reportages aux Etats-Unis en raison de la pandémie, et choisir de se déplacer en voiture plutôt qu’en avion, il a fallu jongler entre les règles sanitaires et exigences qui diffèrent d’un Etat à l’autre. Avec des inquiétudes. Quoi, le Delaware impose une quarantaine aux voyageurs venant de New York? Et un check-point Covid est annoncé sur une autoroute de Floride? Au final, j’ai eu de la chance: je suis partie, sans le savoir, dans la bonne fenêtre de tir. Juste au début du déconfinement new-yorkais et avant la grande flambée des cas dans les Etats du Sud. J’ai quitté la Floride au moment où la situation commençait à devenir ingérable.

Mais comment voyager dans ces conditions, sans être entravée dans son travail? Je suis restée prudente bien sûr, masquée, mais aussi, je dois l’avouer, un brin rassurée vers le milieu du voyage. C’est là que j’ai reçu les résultats de mon test confirmant que j’avais bien eu le Covid-19. De quoi se sentir un peu moins angoissée et parano, pour sa propre sécurité et celle des autres. Par contre, la pandémie rend forcément les contacts plus difficiles. A Lynchburg, en Virginie, impossible d’assister à de grands raouts évangéliques, et le campus de la Liberty University était bien vide.

Des sueurs froides

Toni Holt Kramer, la présidente des Trumpettes USA, m’a aussi donné des sueurs froides. Nous étions en contact depuis février, puis le coronavirus s’est imposé plongeant rapidement New York, le foyer principal, dans une situation d’urgence sanitaire, avec les scènes de camions frigorifiques stationnés devant les hôpitaux faisant office de morgues. La Floride était alors relativement épargnée et la perspective d’accueillir une «New-Yorkaise» chez elle lui faisait peur. Il était d’ailleurs à ce moment tout simplement impossible pour moi d’envisager de sortir de New York. Fallait-il donc renoncer à cette rencontre qui me tenait vraiment à cœur pour évoquer les femmes pro-Trump? Au final, après plusieurs échanges, nous avons écouté son médecin. J’ai bien fini par sillonner Palm Beach, où elle vit une partie de l’année, mais nous avons dû nous contenter d’un long entretien virtuel.

Comme si le Covid-19 ne suffisait pas, les émeutes et manifestations déclenchées par la mort de l’Afro-Américain George Floyd sous le genou d’un policier blanc ont aussi eu des conséquences sur mes reportages. D’abord parce qu’il a fallu rédiger plusieurs sujets d’actualité, sans perdre de vue la série d’été et prendre du retard. Ensuite, à cause des couvre-feux imposés. A Charleston, en Caroline du Sud, le jour de mon arrivée, personne ne devait se retrouver dans les rues après 18 heures. Je venais de débarquer dans la ville vingt minutes plus tôt, pour me retrouver face à des policiers en tenue antiémeute, des soldats de la Garde nationale et d’autres membres des forces spéciales. La plupart des vitrines des commerces du centre-ville étaient barricadées, avec des planches de bois peinturlurées de slogans. Dans presque chaque ville traversée, d’ailleurs, des marches de protestation ont eu lieu, preuve de l’intensité de l’onde de choc à travers tout le pays. Des moments forts, uniques, à vivre sur le terrain. L’été 2020 en Amérique a décidément des saveurs bien particulières.