Je suis comme Ada Marra. Le mercredi soir, je désespère de compter sur les doigts de la main d’un yakuza les femmes qui exondent du flot masculin des invités d’Infrarouge. La conseillère nationale socialiste s’en est vertement émue cette semaine sur les réseaux sociaux. Il y avait de quoi: dix invités pour plancher sur la dangerosité de la 5G et le diktat de la technologie, dont une seule femme. Une sorte d’anti-record navrant, à l’aune de l’égalité.

Puisque vous n’êtes pas toutes et tous forcément animés des meilleures intentions (c’est pour cela que je vous aime), je vous vois venir: «Eh oh, c’est toi le responsable! Corrige ce tir d’un autre temps, plutôt que de venir opportunément pleurnicher dans cette chronique…» Comment pourrais-je vous en vouloir? Votre question pique un peu, mais elle est légitime. Après tout, ce plateau d’hommes, nous l’avons composé, nous les producteurs. Nous aurions pu en composer un autre.

L’interrogation est d’autant plus fondée que ce plateau n’était pas un accident. Le cas de figure, dans des proportions moindres, est même terriblement récurrent. Depuis le début de l’année, le taux de représentation féminine dans l’émission s’écrase tout juste sous la barre des 25%. Pas de quoi déboucher le champagne rosé. Le triste record de mercredi (10%) plombant définitivement la moyenne, disséquons-le pour en apprendre quelque chose.

Avant de nous résoudre à «surtestostéroner» le plateau, nous avons invité sept femmes. Six ont refusé. Dont cinq parce qu’elles n’estimaient pas être «la personne la mieux placée pour parler du sujet». Une réponse tant de fois entendue qu’elle en est devenue ritournelle. Invitez un homme à la télévision, il vous dira oui avant de vous demander le sujet de l’émission. Invitez une taxidermiste pour parler d’empaillage, elle vous dira que ce n’est pas son sujet. Cette semaine, aucun homme n’a refusé notre invitation (sauf les patrons des opérateurs, qui ont vaillamment préféré laisser le président de leur faîtière, un homme, répondre aux craintes de leurs clients).

A genoux, s’il le faut

Quelle conclusion tirer de cette expérience, répétée jusqu’à l’épuisement et à portée fâcheusement universelle? Un souhait, peut-être. Mieux, un appel, une invitation, une supplique. A genoux, s’il le faut.

Si vous êtes une élue verte vaudoise et que vous êtes invitée pour parler d’une initiative des Verts vaudois, acceptez! Si vous êtes une rédactrice en chef valaisanne et que nous vous invitons pour parler du Valais, acceptez! Si vous êtes informaticienne, banquière, physicienne ou apicultrice, acceptez de venir parler du big data, des marchés, des neutrinos ou de la mort des abeilles!

Femmes d’influence ou femmes de l’ombre, expertes, professeures, actrices, militantes, citoyennes, rendez-vous service et rendez-nous service: dites-moi oui!


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