Ce qui se passe actuellement dans la campagne présidentielle américaine est totalement surréaliste. Cherchez l’erreur. En mauvaise posture dans les sondages, le président Donald Trump fustige le vote par correspondance, dénonce à l’avance des «fraudes massives» et paraît déterminé à affaiblir la poste américaine (USPS) pour qu’elle ne puisse pas livrer les bulletins de vote à temps. Et qui vient-il de nommer, en mai, comme directeur des services postaux? Un de ses proches. Le républicain Louis DeJoy est un donateur important de sa campagne. S’il fallait une preuve de plus que Donald Trump cherche à semer le chaos, prêt à contester les résultats des élections en cas de défaite, la voici.

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Avec la pandémie, le vote par correspondance est en passe de se généraliser aux Etats-Unis. Huit Etats sont encore un brin réfractaires, mais 76% des Américains pourraient y recourir. Or Donald Trump est convaincu que le vote par correspondance avantagerait son rival démocrate, Joe Biden, et qu’une faible participation lui serait favorable. Il ne fait donc rien pour sauver la poste, en proie à une grave crise financière.

Les démocrates plaident pour un plan de soutien d’urgence de 25 milliards de dollars, avec 3,5 milliards supplémentaires dévolus au vote par correspondance. Donald Trump s’y oppose, et Louis DeJoy a déjà amorcé une vaste réorganisation – un démantèlement? – de l’USPS, dont on voit mal comment elle pourrait ne pas avoir d’impact sur la distribution du courrier. La situation est telle que des boîtes aux lettres commencent à disparaître dans les rues, pour satisfaire à des mesures d’économies!

La stratégie de sabotage de Donald Trump est désormais transparente. Sur Fox News, le président vient d’admettre que restreindre l’action du service postal en le privant des ressources nécessaires aura un impact sur le vote par correspondance. Et, comme si cela ne suffisait pas, les républicains multiplient les actions en justice devant les tribunaux pour compliquer l’accès à ce type de vote.

Aux abois, l’USPS a dû avertir 46 Etats et Washington DC fin juillet qu’il ne pourrait pas garantir la livraison des bulletins de vote dans les délais. Cela pourrait avoir deux conséquences: décourager des Américains d’aller voter, ou les pousser à prendre des risques sanitaires en se déplaçant physiquement dans des locaux de vote, alors que le Covid-19 a déjà tué 170 000 Américains. L’attitude de Donald Trump, «davantage préoccupé par la suppression des votes que par celle d’un virus», comme vient de dénoncer l’ancien président Barack Obama, est aussi irresponsable que scandaleuse. Qu’on se le dise: c’est ce président-là qui se dit prêt à diriger les Etats-Unis pendant quatre années supplémentaires.