Je suis consternée. On parle quotidiennement du dérèglement climatique et de ses conséquences délétères pour la vie de l’homme sur terre. Les scientifiques ont établi la corrélation entre la pandémie et les coups portés à l’équilibre environnemental par l’économie de marché et son souci d’hyperproductivité. Le gaz carbonique nous menace donc au quotidien et, tranquillement, alors qu’il a eu tout un confinement pour y penser, le Conseil fédéral (CF) fait une fleur aux voitures polluantes dans la loi fédérale sur la réduction des émissions de CO2.

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Le gouvernement a bien abaissé la limite du dioxyde de carbone à 95 grammes par kilomètre, ce qui est encourageant, mais, nous apprend Le Matin Dimanche relayé par la RTS, le même CF souhaite permettre aux importateurs d’exclure de ce calcul 15% des véhicules les plus polluants! Autrement dit, un boulevard pour les grosses cylindrées, 4x4, SUV et autres qui foisonnent déjà dans nos cités trop étroites et trop saturées pour les digérer. La raison de cette dispense mise en consultation au parlement? Un coup de pouce à l’industrie automobile mondiale et aux importateurs suisses mis à mal par le gel des activités.

Pataquès géant

Soupir. Je comprends bien que seule une économie florissante permette à l’Etat social et à l’Etat tout court de fonctionner. Mais quand cette santé économique menace très concrètement la santé physique de la population, il y a un vice de forme, non? Comme une priorité à repenser…

On me dit que les gros formats sont légitimes dans certaines régions ou dans certaines circonstances. Je le conçois, mais ces voitures XXL sont totalement absurdes en ville où, en plus de polluer, elles représentent un danger pour les cyclistes et les piétons, qu’elles ne peuvent calculer. D’ailleurs, la disproportion de leur gabarit frappe parfois les bénéficiaires eux-mêmes.

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L’autre jour, j’ai assisté au pataquès de trois de ces véhicules géants qui se sont enfilés dans une ruelle bloquée en raison de travaux. Lorsqu’ils ont tenté de rebrousser chemin, ces paquebots se sont trouvés si coincés sur la chaussée que les conducteurs ont fini par s’adresser un regard un peu désespéré, type: «Mais qu’est-ce qu’on fout, b…, dans des tanks pareils?!?»

Le CF est tombé sur la tête

Contrairement à ce qu’on peut imaginer, j’ai le triomphe modeste et je n’ai pas ironiquement applaudi ce ballot ballet urbain. J’ai plutôt pensé avec horreur à l’Association des professionnels de la route et des transports (VSS) qui demande depuis deux ans d’élargir les axes routiers pour permettre à ces chars d’assaut de rouler sans encombre en ville, même s’il faut pour cela raboter des trottoirs et des espaces de convivialité… Le monde est tombé sur la tête, le Conseil fédéral aussi. Qui a dit que le confinement allait tout changer?


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