La légende veut qu’une pomme tombant d’un arbre ait permis à Isaac Newton de découvrir la loi de la gravitation universelle – par «accident». Il se pourrait que, près de quatre siècles plus tard, un virus bouleversant toutes nos habitudes ait contraint l’UEFA à esquisser l’avenir de sa si précieuse Ligue des champions.

Sans la pandémie qui ronge le monde, la plus prestigieuse des compétitions de clubs de football aurait déroulé son ballet d’éliminations et de qualifications sur tout le printemps avant de se conclure un samedi de mai, près d’un mois après des demi-finales allers-retours dont les souvenirs auraient commencé à s’effacer.

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Au lieu de cela, elle se termine en deux semaines dans une seule ville, Lisbonne. Le contexte local y est bien entendu tristement dépassionné par l’absence de supporters, puisque les matchs se disputent à huis clos. Mais le modus operandi adopté pour départager les huit dernières équipes en lice, lui, séduit au-delà des attentes.

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Faire événement

Les rencontres à élimination directe, sur une seule partie, autorisent davantage les surprises que lorsqu’il faut jouer deux fois 90 minutes. L’enchaînement des affiches – une chaque soir de mercredi à samedi dernier, les deux demi-finales puis la finale cette semaine – fait événement plus que si elles étaient éparpillées dans les agendas. D’autant que le spectacle, délicieusement imprévisible, de la défaillance barcelonaise (8-2 contre le Bayern Munich) à la surprise lyonnaise (3-1 contre Manchester City), donne envie d’y retourner, comme dirait une toque étoilée jugeant une épreuve de Top Chef. La Ligue des champions n’avait jamais eu de manière si prononcée ce petit goût de «reviens-y», cette sapidité addictive caractéristique des grandes compétitions estivales que sont l’Euro et la Coupe du monde.

Voilà des années que les clubs les plus puissants agitent le spectre d’une ligue transnationale fermée qui les libérerait de leur ancrage local et maximiserait leur richesse, en même temps que le bonheur des amateurs de football, en faisant jouer les grandes vedettes les unes contre les autres à longueur d’année. L’épilogue de la Ligue des champions 2019-2020, pensé pour sa covido-compatibilité plus que pour son attractivité, leur rappelle la force, dès lors qu’on parle de sport plus que de gros sous, de l’événement ponctuel, inédit, exceptionnel.

C’est un «accident» dont il faudra se souvenir.