Alerte hydrogéologique de degré 5: «danger très fort». C’est ce qu’a déclaré MétéoSuisse pour certaines régions du Tessin les 28 et 29 août, en raison de précipitations d’une rare intensité. Un fait sans précédent. Et pour cause. A certains endroits, en 48 heures, plus de 300 mm de pluie sont tombés. En deux jours seulement, on a mesuré 65% de l’eau tombée en août 2019, qui avait été particulièrement pluvieux. La police cantonale invitait la population à éviter de se déplacer en voiture «à moins de stricte nécessité».

Car effectivement, par moments, la visibilité à un mètre de distance était pratiquement nulle. Des rues de Locarno ressemblaient à de petits fleuves, des bouches d’égout débordaient. Des rivières et des ruisseaux sont sortis de leur lit. Le lac Majeur qui jusqu’à jeudi était dramatiquement bas (-31 cm sous le zéro hydrographique), au point de compromettre la navigation, s’est élevé de quelque 140 cm lundi.

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Les dégâts engendrés par les pluies intenses ont été nombreux: plusieurs routes ont été bloquées à cause de glissements de terrain et d’éboulements provoqués par des inondations, d’autres ont été fermées en mode préventif. Une dizaine d’habitations ont été évacuées, de nombreuses caves ont été inondées, des arbres centenaires ont été déracinés. Bref, les pompiers ont été mis à forte contribution, menant à bien quelques centaines d’interventions. Dans son premier bilan, le Département du territoire estime par ailleurs que les frais pour nettoyer et remettre en ordre le canton s’élèveront à 800 000 francs.

Des événements de plus en plus fréquents

Théoriquement, ces épisodes se reproduiront plus fréquemment dans le futur, affirme Marco Gaia, responsable du Centre régional sud chez MétéoSuisse. «Avec le réchauffement climatique, il y a plus d’énergie dans l’atmosphère et cela se traduit par de fortes précipitations, limitées dans l’espace et le temps, provoquant des flash flood, des crues soudaines qui engendrent des inondations très rapides», explique-t-il.

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En effet, le 7 juin aussi, des averses spectaculaires ont frappé le sud du canton. A tel point que le débit de la rivière Tresa a atteint 93 m³/seconde, alors que son débit moyen pour juin 2019 était de 15 m³/seconde. Du jamais-vu selon certains habitants. Si beaucoup de pluie tombe en peu de temps et que le terrain n’arrive pas à évacuer l’eau assez rapidement, en l’absorbant ou en la faisant ruisseler, cela entraîne des débits intenses dans les fleuves et les ruisseaux, pouvant créer des inondations, poursuit le météorologue.

Ces importantes précipitations peuvent se produire à n’importe quel moment de la journée, pendant la période estivale d’avril à fin septembre. «Il s’agit d’un phénomène qui n’est pas limité au Tessin, mais est aussi présent dans d’autres régions de Suisse et ailleurs», relève encore Marco Gaia.

Un problème d’urbanisation

Le mauvais temps a fait des ravages, mais aucun mort n’a été déploré. Potentiellement, il aurait pu y avoir des problèmes beaucoup plus graves; même un petit éboulement peut causer des dommages conséquents, soutient Marco Gaia. «Pour gérer les conséquences du changement climatique, nous devons investir dans des mesures de mitigation et d’adaptation. Par exemple, en construisant des murs de protection ou de déviation, ce qui représente des coûts financiers de taille.»

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Le Tessinois fait observer que les villes sont souvent des lieux «délicats et vulnérables». L’absence de surfaces vertes et les constructions contribuent à y faire monter les températures. Pour ce qui concerne les précipitations, les surfaces en béton et les rues ne permettent pas au terrain d’absorber l’eau et le risque d’inondation est plus grand. «L’urbanisation doit être faite en respectant des critères stricts pour éviter les ennuis.»

S’agissant des orages survenus le 7 juin au sud du canton, sur les 49 incidents recensés, le géologue cantonal, Andrea Pedrazzini, indique qu’environ la moitié avait une composante ou une potentielle influence anthropique. Il rappelle que les glissements de terrain peuvent être d’origine naturelle, mais peuvent aussi être induits par l’humain. «En construisant sur les versants de montagne, on en a modifié l’équilibre. A l’époque du boom de la construction des années 1970, on n’avait pas conscience des conséquences éventuelles, on ne savait pas ce que l’on sait actuellement», souligne-t-il, précisant que le parc immobilier d’aujourd’hui est beaucoup plus vaste.