Mastodonte séculaire du football mondial, le Bayern Munich est le seul représentant de la vieille Europe dans le dernier carré de la Ligue des champions. Habitué des sommets européens, il a remporté la compétition cinq fois et empile en parallèle les titres nationaux (30 Bundesliga et 20 Coupes d’Allemagne) depuis sa création en 1900. Si l’aisance avec laquelle les hommes de Hans-Dieter Flick ont piétiné le Barça (8-2) en quart de finale a subjugué la planète, il n’est pas en soi étonnant de les retrouver à ce stade du tournoi, avec désormais le statut de grands favoris.

En revanche, l’Olympique Lyonnais, le RB Leipzig et le Paris-Saint-Germain représentent, chacun à leur manière, un nouvel ordre en marche sur le Vieux-Continent. Une tendance où le club de football peut exprimer les ambitions d’un homme d’affaires, servir de panneau publicitaire géant à une marque de boisson énergétique ou flatter l’image d’un Etat tiers à l’international.

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Surprenant vainqueur de Manchester City (3-1), un autre tenant de la nouvelle géopolitique du football, l’Olympique Lyonnais se distingue des autres par la longévité de son projet. Emmené par Jean-Michel Aulas depuis 1987, le club du département du Rhône a dominé le Championnat de France dans les années 2000, jusqu’à se hisser une fois dans le dernier carré de la Ligue des champions en 2010.

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Eclipsé par le PSG

Le président de l’OL est l’archétype du self-made-man: fils de professeurs né en 1949, il a fait fortune avec des entreprises spécialisées dans les logiciels de gestion et de comptabilité, avant de se lancer dans le football. L’ascension de son club a dès lors été progressive et constante: retrouvailles avec la première division en 1989, qualification pour la Coupe de l’UEFA deux ans après, finale de la Coupe de la ligue en 1996, avant d’exercer une mainmise sur le championnat français sept saisons durant (2002-2008). Cas unique dans l’Hexagone, l’Olympique Lyonnais est propriétaire de son stade, achevé en 2016 exclusivement grâce à des fonds privés (450 millions d’euros).

Il a néanmoins été relégué au second plan depuis une décennie et l’essor imparable du Paris-Saint-Germain, passé aux mains du fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) en 2011. Symbole du soft power de l’émirat du golfe Persique et doté de moyens à la hauteur de toutes les ambitions, le club de la capitale française a rapidement constitué, à l’instar de Manchester City, une menace pour les représentants de l’ordre ancien que sont le Real Madrid, le Barça, la Juventus Turin ou encore Manchester United.

Javier Tebas, le président de la Liga espagnole, l’a bien compris et exhorte régulièrement l’UEFA à se montrer intransigeante quant à l’application du fair-play financier. Accusé d’avoir surévalué la valeur de son contrat avec le Qatar, le PSG avait été condamné à revoir son budget à la baisse en 2014, échappant depuis aux sanctions de l’instance européenne. Qualifié pour les demi-finales de la Ligue des champions pour la première fois depuis le début de l’ère qatarie (victoire 2-1 face à l’Atalanta Bergame), le club présidé de Nasser al-Khelaïfi a réussi la prouesse de chiper Neymar au Barça à l’été 2017 et de conserver jusqu’à présent Kylian Mbappé malgré les offensives incessantes du Real Madrid.

Sport de balle sur gazon

Pour atteindre la première finale de Ligue des champions de leur histoire, les Parisiens devront écarter un autre néophyte à ce niveau, le RB Leipzig – RB officiellement pour «RasenBallsport» («sport de balle sur gazon», hum…), mais plus sérieusement pour «Red Bull». Une astuce qui a permis à la société autrichienne de contourner la loi de la Fédération allemande interdisant d’attribuer le nom d’une société commerciale à un club.

Fondé en 2009 par la célèbre marque de boisson énergétique, le RB Leipzig est le plus jeune club à atteindre les demi-finales de la plus prestigieuse des compétitions (succès face à l’Atlético de Madrid, 2-1). Et il n’y participe que pour la troisième fois! Pour la marque cofondée par le Thaïlandais Chaleo Yoovidhya et l’Autrichien Dietrich Mateschitz, qui s’est d’abord positionnée sur les sports extrêmes, ce parcours constitue un fantastique coup de pub à l’échelle mondiale.

Le Bayern Munich saura-t-il résister à cette nouvelle vague?