Le Bayern Munich a battu Lyon mercredi à Lisbonne grâce à un doublé de Serge Gnabry (3-0): le club bavarois, favori de cette Ligue des champions, va s'attaquer au PSG dans une finale dimanche.

L'ailier allemand a porté son équipe en première période (18e, 33e) avant un but tardif de Robert Lewandowski (88e), permettant au club allemand de rêver d'un second triplé Coupe-Championnat-C1 dans son histoire après 2013, dimanche dans la capitale portugaise contre Paris, qui vise de son côté un premier sacre dans la compétition.

Ce n’était pas exactement une surprise de retrouver, en demi-finale de la Ligue des champions (ce mercredi contre l’Olympique lyonnais), une grosse machine comme le Bayern Munich. L’identité de l’homme à ses commandes est plus étonnante. A 55 ans, Hans-Dieter Flick a derrière lui un vécu de joueur professionnel (Bayern, Cologne) et d’adjoint (Salzbourg, équipe d’Allemagne). Mais ses références en tant qu’entraîneur principal se limitaient, avant cette saison, à quelques années passées sur le banc d’Hoffenheim… quand le club jouait entre les quatrième et troisième divisions nationales (2000-2005).

Cela ne l’empêche pas d’être, parmi les coachs européens, la grande révélation de la saison. C’est bien simple: «Il a radicalement changé le Bayern», saluait le président Karl-Heinz Rummenigge après la qualification pour le dernier carré obtenue magistralement contre le FC Barcelone (8-2). Si le club bavarois devait soulever la coupe aux grandes oreilles pour la sixième fois de son histoire dimanche à Lisbonne, il le devrait pour une bonne part à un homme qui œuvrait encore dans l’anonymat quasi complet au début de l’année.

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Petit retour en arrière. Il y a un an, Hans-Dieter Flick posait ses valises en Bavière pour devenir l’un des adjoints de Niko Kovac. Depuis, le Croate a été limogé pour insuffisance de résultats et incompatibilité d’humeur avec plusieurs de ses cadres, parmi lesquels Thomas Müller et Jérôme Boateng, et l’Allemand en a profité pour se profiler. Il était parti pour n’assurer qu’un intérim de deux rencontres début novembre, mais l’indisponibilité des coachs convoités par les dirigeants munichois (Thomas Tuchel au Paris Saint-Germain, Julian Nagelsmann au RB Leipzig et Erik ten Hag à l’Ajax Amsterdam) lui a permis de s’imposer. Son secret: il fait l’unanimité auprès des joueurs.

Défense en chantier

Les responsables de la Säbener Strasse, où se situe le siège du club, se sont vite rendu compte qu’il se passait quelque chose. Que l’engagement de «Hansi» Flick payait sur et en dehors du terrain. Qu’il avait en quelques semaines donné un nouveau souffle à une vieille institution somnolente, avec une sérénité déconcertante et une résistance à la pression remarquable. Alors ils ont prolongé sa «pige», d’abord jusqu’à la trêve hivernale, puis jusqu’à la fin de la saison.

De son côté, l’intérimaire a rapidement pris goût à son nouveau job, constatant que son travail tactique mais aussi psychologique portait ses fruits. Subitement, Thomas Müller a affiché une forme et une joie de vivre qu’il n’avait plus montré depuis que Louis van Gaal en avait fait un joueur majeur entre 2009 et 2011, tandis que Jérôme Boateng se réveillait. Longtemps proche d’un départ, le défenseur international allemand est en train de vivre une deuxième jeunesse.

Hans-Dieter Flick a commencé par s’attaquer au chantier le plus urgent: solidifier une défense aux abois en raison notamment des longues indisponibilités de Niklas Süle et de Lucas Hernandez (blessures). Il s’est d’abord inspiré de Pep Guardiola, qui entre 2013 et 2016 avait installé David Alaba, habituellement arrière gauche, en charnière centrale. Pari gagnant. Il a également pris le risque de lancer le jeune Alphonso Davies sur le flanc gauche. Résultat: en moins de trois mois, l’international canadien est devenu le nouveau chouchou des supporters, qui se cherchaient un favori depuis le départ de Franck Ribéry vers la Fiorentina l’été dernier. Toute l’Europe a pu se rendre compte du coup de génie avec la prestation extraordinaire du jeune homme contre le Barça.

«Cool et serein»

Au-delà de ces choix, l’entraîneur ferait la différence par le caractère humain de son approche. «Hansi est quelqu’un de très empathique, remarque la star Robert Lewandowski. C’est sa plus grande qualité. Sans aucune difficulté, il parvient à rassembler et à mobiliser le vestiaire pour en faire un groupe uni. C’est ce qui explique que le Bayern domine de nouveau outrageusement ses adversaires, car il a su lui insuffler un mental de vainqueur.»

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Les observateurs allemands lui prêtent aussi une humilité extrême, qui rejaillit sur son groupe. Quelques minutes après avoir humilié le FC Barcelone, ses joueurs sont restés calmes, se réjouissant simplement d’avoir remporté un match, ni plus ni moins. Sa décontraction naturelle déteint sur ses hommes et l’ambiance délétère prévalant pendant l’ère Kovac semble désormais bien loin. «Je me surprends parfois moi-même à rester autant cool et serein», souffle-t-il.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il accepterait de rentrer dans le rang aussi vite qu’il s’en est extrait. Presque quatre mois après avoir été promu, il s’épanouit tellement qu’il n’imagine plus d’officier comme adjoint: «Je prends tellement de plaisir en tant que numéro un que je ne me vois plus faire marche arrière.» Pas de fausse modestie, donc. «Hansi est sincère, droit dans ses bottes et il ne se prend pas vraiment au sérieux, confie Jupp Heynckes. C’est pourquoi il fait l’unanimité.»

Une nouvelle ère?

L’ancien entraîneur du Bayern connaît d’autant mieux le bonhomme qu’il l’a eu sous ses ordres comme joueur pendant trois saisons, entre 1987 et 1990. Il se reconnaît un peu en lui. «Avec cinq années passées comme joueur à Munich, Hansi connaît la pression au quotidien et les attentes très fortes. Lorsque je l’observe dans son travail de coach, il semble toujours tranquille. Jamais il ne perd la main sur son vestiaire et ses joueurs le ressentent.»

Il faut dire qu’il ne découvre pas le plus haut niveau. Comme technicien, il a passé huit années aux côtés de Joachim Löw sur le banc de l’équipe d’Allemagne avec, en apothéose, la victoire au Brésil à la Coupe du monde 2014. Et il se murmure souvent que Flick avait davantage de poids que son patron dans les choix tactiques…

Coup de fil à Ottmar Hitzfeld, ancien sélectionneur de l’équipe de Suisse et entraîneur du Bayern. «Flick avait déjà un esprit collectif comme joueur. Il s’agit d’un motivateur qui sait mobiliser et transcender une équipe. En tant que coach, il a su insuffler une nouvelle confiance et un élan à un vestiaire en nette perte de vitesse jusqu’alors. On sent son équipe aujourd’hui invulnérable, comme sur un nuage. Il a redonné de la sérénité à tous les étages du club et on le ressent sur la pelouse, comme à ses abords: pas un seul de ses remplaçants ne s’est plaint de son sort depuis qu’il a pris sa place. C’est prometteur et il a à coup sûr toutes les qualités requises pour s’installer sur la durée à Munich.»

Et si le Bayern, désormais grand favori de la Ligue des champions, avait trouvé – presque par hasard – l’homme capable de lui permettre de dominer l’Europe?


Les propos de Hansi Flick après le match du 19 août

«C'était un match très intense, pour les joueurs, pour tous ceux qui ont participé. Lyon a montré une très belle performance, et nous a beaucoup sollicités. On a eu de la réussite sur les dix premières minutes. L'action individuelle de Gnabry nous a calmés un peu et nous a donné de la sécurité. On a perdu le ballon trop facilement. On a fait entrer l'adversaire dans le match, c'est quelque chose qu'on doit arrêter le plus vite possible.

«L'équipe a mérité d'aller en finale. On n'a pas aussi bien défendu que d'habitude, même si la seconde période a été meilleure. On va analyser tout ça. Pour le moment, on profite d'être arrivé en finale. Il va falloir se reposer, recharger les batteries, pour faire une superbe performance contre le Paris SG et gagner ce titre. (...) Tuchel fait du super boulot à Paris. Son équipe tourne très bien, il fait un travail exceptionnel. Je me réjouis de le voir ce dimanche.» (AFP)


Cet article est initialement paru le 18 août 2020.