C’est LA grande victoire allemande du week-end. La plus inédite, car si le Bayern Munich avait déjà remporté cinq fois la Ligue des champions avant son succès à Lisbonne sur le PSG (1-0), aucune golfeuse allemande n’avait jamais inscrit son nom au palmarès d’un tournoi du Grand Chelem, et la plus surprenante, car Sophia Popov, 27 ans, ne s’était jamais signalée ailleurs que sur les circuits secondaires avant d’enlever le British Open dimanche.

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L’histoire de cette Allemande née en 1992 aux Etats-Unis d’une famille aux origines bulgares a largement de quoi nourrir un feel good movie, ces contes de fées des temps modernes. L’an dernier, lassée de devoir batailler, elle songeait à abandonner une carrière plus souvent menée dans le rough que sur le velouté des greens. Elle flirtait alors avec le 400e rang mondial. Elle en avait ensuite repris près d’une centaine, à la faveur de trois victoires ce printemps sur le Cactus Tour, un circuit américain de troisième zone entre le Texas et l’Arizona, maintenu alors que la plupart des Etats respectaient le confinement.

Elle faisait le caddie début août

Elle n’y gagna que 10 300 dollars et un peu de confiance, qu’elle fit fructifier début août en se classant au neuvième rang partagé du Marathon Classic dans l’Ohio, ce qui la qualifia pour le British Open. Sa participation au Marathon Classic devait beaucoup aux défections de joueuses restées en Asie ou en Europe. Une semaine plus tôt, privée de départ, elle faisait le caddie pour son amie Anne van Dam au Drive On Championship.

Sur l’historique parcours du Royal Troon Golf Club, face à la baie du Firth of Clyde en Ecosse, c’est son compagnon, Maximilian Mehles, qui porta son sac durant les quatre jours. «Il a réussi à me faire garder mon calme jusqu’au bout», expliqua-t-elle. Enfin, presque jusqu’au bout. En tête au soir du troisième tour après avoir rendu une carte de 67 (quatre sous le par), Sophia Popov s’élança dimanche forte de trois coups d’avance sur l’Australienne Minjee Lee et la Thaïlandaise Jasmine Suwannapura, joueuses autrement plus habituées qu’elle à batailler pour la victoire.

Des gains multipliés par six

Cotée à 100 contre 1 chez les bookmakers, l’Allemande entama son dernier tour par un bogey avant de se reprendre, signant même sept birdies (total: 68) pour contrôler ses poursuivantes (Suwannapura +2, Lee +3) mieux que ses nerfs. C’est en larmes qu’elle rentra son dernier put, submergée par l’émotion. «J’étais si nerveuse, c’est tout simplement incroyable. J’ai dû faire face à de nombreux obstacles et j’ai failli tout arrêter l’année dernière. Dieu merci, je ne l’ai pas fait», parvenait-elle à plaisanter, agrippée à son trophée comme si elle avait peur de sortir de son rêve.

Avant cette victoire de prestige qui lui rapporte 675 000 dollars (six fois le total de ses gains en carrière jusque-là), Sophia Popov n’avait jamais fait mieux au British Open qu’un 57e rang en 2011. Elle sortait alors des juniors et partait s’aguerrir dans le système universitaire américain (South California). Sa carrière s’annonçait bien mais lors de sa première saison sur le circuit majeur LPGA, en 2015, elle fut frappée d’un mal mystérieux qui la laissa sur le flanc. «Nous ne savions pas ce que c’était, d’autant qu’une dizaine de symptômes compliquaient le diagnostic, raconta-t-elle. Il a fallu une vingtaine de visites chez le médecin pour, au bout de trois ans, découvrir que j’avais la maladie de Lyme.»

Reculer pour mieux sauter

Invitée à décrire cette période, Sophia Popov dit y avoir appris à mieux se connaître. «Je ressens encore des effets de la maladie, mais je les contrôle. Je suis heureuse d’être arrivée au point où je me sens bien, et j’espère que cela restera ainsi.» Cette épreuve de vie a sans doute amélioré son jeu, quand bien même de mauvais résultats lui firent perdre l’an dernier sa place dans le LPGA Tour. Reléguée dans le Symetra Tour, elle avait sans doute – plus que d’autres – la force de caractère pour s’adapter à la nouvelle situation sanitaire. Le Cactus Tour lui offrit ses trois premières victoires professionnelles, c’était reculer pour mieux sauter.

Au Royal Troon, où elle ne débarqua que le mardi et ne put effectuer qu’un seul parcours de reconnaissance, elle joua sans pression. «Etre ici était déjà un bonus. Je savais que mon jeu était en place et je me sentais capable de tout. Je crois que j’ai emporté cette conviction avec moi à chaque tour, mais je ne m’attendais tout de même pas à gagner.»

Première Allemande titrée en Grand Chelem, Sophia Popov rejoint dans l’histoire golfique de son pays Bernhard Langer, double vainqueur du Masters (1985 et 1993), et Martin Kaymer, vainqueur du PGA Championship (2010) et de l’US Open (2014). Elle récupère également une carte valable pour cinq ans sur le LPGA Tour, mais seulement à partir du Cambia Portland Classic, fin septembre. La sensation de l’année n’est pas éligible pour le deuxième majeur de l’année, l’ANA Inspiration, du 10 au 13 septembre en Californie. Le temps, sans doute, de digérer son incroyable histoire.