Robert Herbin, entraîneur emblématique du club français de l’AS Saint-Etienne, est décédé à l’âge de 81 ans, a annoncé lundi le président du club stéphanois, Roland Romeyer. Il était hospitalisé depuis le 25 avril au CHU de Saint-Etienne pour de sérieuses insuffisances cardiaques et pulmonaires, sans lien avec l’épidémie de Covid-19. «Hospitalisé depuis plusieurs jours, il s’est éteint ce 27 avril […] lâché par son cœur», a rapporté le journal régional français Le Progrès sur son site internet.

Un palmarès unique

Joueur puis technicien des Verts, celui qui avait gagné le surnom de «Sphinx» pour sa capacité à ne laisser paraître aucune émotion présentait le plus beau palmarès du football français. Il ne lui manquait que la Coupe d’Europe, faute d’avoir remporté sur le banc des Verts la fameuse finale de 1976 des «poteaux carrés». Robert Herbin a également entraîné, avec moins de succès, Lyon (1983-1985), Al Nassr Riyad (Arabie saoudite, 1985-1986), Strasbourg (1986-1987) et le Red Star (1991-1995).

Herbin aura dirigé l’équipe stéphanoise pendant quatorze saisons, de 1972 à 1983 puis de 1987 à 1990. Les Verts lui doivent notamment la célèbre épopée en Coupe d’Europe des clubs champions en 1976, terminée sur une défaite en finale contre le Bayern Munich à Glasgow.

Arrivé chez les Verts à l’été 1957 en provenance du Cavigal de Nice, il a été avec Saint-Etienne neuf fois champion de France, cinq fois comme joueur et quatre comme entraîneur, et six fois vainqueur de la Coupe de France, trois dans chaque rôle. Milieu puis défenseur, il a été international avec les Bleus (23 sélections), participant notamment à la Coupe du monde en 1966 en Angleterre.

En avance sur la préparation physique

Un mois après Michel Hidalgo, le football français perd donc l’autre entraîneur emblématique de la décennie 1974-1984, et le second versant de la querelle idéologique qui le déchira dans la recherche de ses premiers succès. Hidalgo croyait aux joueurs et à la technique; Herbin à l’équipe et à la condition physique. Impressionné par le «football total» de l’Ajax Amsterdam, convaincu du déficit athlétique des footballeurs français, il imposa à ses joueurs d’éprouvantes séances d’entraînement qui leur permirent ensuite de jouer avec cette fougue qui emporta les défenses adverses et les cœurs de l’Hexagone. Certains exercices, comme la séance des piquets (des séries de sprints sur des intervalles variés), le terrassement d’un plan incliné pour travailler le démarrage, ou le «huit contre huit» avec passes et buts uniquement de la tête (que son ancien joueur Hervé Revelli introduisit au CS Chênois puis, par ricochet, dans tous les clubs genevois), lui ont survécu.

Comme beaucoup de ses confrères français, Robert Herbin se méfiait des médias et des journalistes, à qui il reprochait de briser l’unité des équipes en montant en épingle des stars. Il était aussi de ceux qui estiment que le travail de l’entraîneur s’arrête au coup de sifflet initial et que gesticuler sur le bord de la touche ne sert à rien. Autant d’attitudes qui lui avaient valu le surnom de «Sphinx». Il s’en accommodait d’autant mieux que son autre plaisir connu consistait à fumer méthodiquement de gros cigares en écoutant du Mahler.