«Les journalistes sont les grands perdants de l’évolution salariale.» Telle est la conclusion, cinglante, de la vice-présidente de Syndicom, Stephanie Vonarburg, sur le résultat d’une enquête menée en début d’année par l’Union syndicale suisse ainsi que trois syndicats des médias. En quatorze ans, la rémunération des journalistes n’a fait que stagner alors que le salaire médian a augmenté de 11% dans l’ensemble de l’économie.

La situation salariale s’est même légèrement dégradée dans certains secteurs, notamment dans la presse quotidienne et dominicale. Restructurations, suppressions de titres, pression accrue sur les délais, les changements structurels qui frappent depuis plusieurs décennies le monde des médias ne sont pas étrangers à la fragilisation des conditions de travail des représentants de la presse.

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Le prix de la liberté

Souffrant particulièrement de la précarisation de la branche, les journalistes libres ont vu leur salaire médian diminuer de 1000 francs depuis la dernière étude, menée en 2006. «Outre la disparition de titres qui réduit les possibilités des indépendants de relayer leurs articles, le budget des rédactions pour les journalistes libres ne cesse de s’amenuiser», déplore Pete Mijnssen.

Le président de l’Association des journalistes spécialisés souligne pourtant l’importance de cette catégorie de professionnels qui «sont un terreau essentiel à la bonne santé des milieux médiatiques». Reste que de nombreux indépendants ont été contraints de diversifier leurs activités. «Je me suis spécialisée dans trois secteurs, le journalisme, l’animation de débats et la formation», confirme une ancienne de la SSR, Nathalie Randin.

En quinze ans d’indépendance, la Neuchâteloise a développé un délicat équilibre entre ces trois secteurs. Mi-mars, son château de cartes s’est temporairement effondré. «La plupart de mes mandats se sont évaporés en un week-end», confie la journaliste libre. Depuis quelques mois, la crise sanitaire entraîne un effet dévastateur sur la santé financière déjà fragile des indépendants. Au-delà des libres, l’irruption du coronavirus fait vaciller l’ensemble de la branche, en proie à un effondrement massif des recettes publicitaires.

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Davantage de conventions collectives

Dans ce climat plus qu’incertain, l’enquête des syndicats révèle l’importance des conventions collectives de travail (CCT), outils indispensables pour garantir un revenu décent et réduire les inégalités salariales. En moyenne, un journaliste hors CCT gagne 800 francs de moins que celui qui est protégé par un accord. Or, de telles conventions sont toujours inexistantes en Suisse alémanique et au Tessin pour la presse écrite et les contenus en ligne.