En 2020, la rentrée des écoles rime avec le retour des grèves climatiques. «On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat!» Le slogan résonnera dans toutes les grandes villes de Suisse vendredi 4 septembre. «Les signes ne trompent pas, notre gouvernement montre clairement que ce ne sera pas non plus cette année qu’il prendra des mesures pour lutter contre la crise climatique et écologique», dénoncent les jeunes grévistes en appelant les écoliers à sortir manifester.

L’année passée, le Département de la formation de Cesla Amarelle dans le canton de Vaud avait accepté que les absences des élèves du post-obligatoire ne soient pas justifiées et que les épreuves puissent être rattrapées. Pour les élèves de l’école obligatoire, une simple demande de congé des parents était automatiquement acceptée par la direction.

Mais cette année? «Alors que nous ne sommes pas encore sortis du marasme des conséquences de la crise du Covid-19 et que les élèves et étudiants ont déjà été dispensés de trois mois de scolarité en présentiel, quelle est la position du Conseil d’Etat?» demande la députée PLR Florence Gross par voie d’interpellation.

Pris au piège

Là-dessus, le PLR est redoutable, et Cesla Amarelle, quoi qu’elle fasse, est piégée. Le gouvernement a présenté son plan climat en mai dernier, se dit «pleinement conscient des enjeux climatiques et comprend, depuis sa naissance, l’engagement citoyen des jeunes vaudois emblématique d’une importante prise de conscience» et ne peut tourner le dos à cet élan.

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En même temps, la reprise des cours présentiels vient d’avoir lieu, les élèves ont du retard à rattraper, les enseignants sont en train de le mesurer. «Après la fermeture des écoles durant dix semaines, le département en appelle à la responsabilité de chacune et de chacun pour évaluer sa situation personnelle et ses éventuelles lacunes scolaires au moment de décider de prendre part ou pas à ce rassemblement, répond Cesla Amarelle. La formation est essentielle, aussi pour comprendre les enjeux climatiques.»

Malgré cela, les mesures organisationnelles pour qui voudrait faire grève restent inchangées. Dans les écoles professionnelles et les gymnases vaudois, les élèves ne seront pas tenus de faire de demande de congé mais remettront une justification d’absence à leur retour en classe. Dans les établissements de la scolarité obligatoire, ils devront annoncer leur absence en présentant la signature de leurs parents. L’ensemble des cours aura lieu de façon régulière, et quel que soit le nombre d’élèves présents, les matières enseignées ce jour-là pourront faire l’objet d’examens ou de tests. Les enseignants qui souhaiteraient prendre part à cette mobilisation sur leurs heures de travail sont libres d’adresser une demande de congé sans solde à leurs directions.

Des idées «dogmatiques», selon le PLR

«La position du gouvernement me pose problème à plusieurs titres», avance Florence Gross. «D’abord, on encourage les étudiants à aller manifester en leur permettant de rater les cours deux semaines à peine après la rentrée. Ensuite, la grève du climat véhicule des idées dogmatiques. Je pense qu’à ce stade tout le monde s’accorde sur le besoin d’une meilleure protection de l’environnement. Mais si l’on montre aux élèves que c’est en faisant grève que l’on obtient les choses, que fait-on de notre démocratie participative? De notre parlement des jeunes? La grève n’est pas un outil démocratique. Et le Conseil d’Etat à majorité de gauche n’accorderait sûrement pas les mêmes dérogations aux élèves pour participer à une manifestation en soutien de l’économie nationale.»

Enfin, au vu des «conséquences sanitaires graves» que pourrait engendrer le non-respect de la limite de 1000 personnes pour une manifestation publique, Florence Gross s’inquiète de l’inéquité entre les autorisations de manifestations notamment celles annulées qui permettent de faire vivre des artisans et commerçants locaux et celle-ci, autorisée. Le gouvernement assure que les organisateurs ont été sensibilisés aux aspects sanitaires liés à l’évolution de la situation pandémique.