Elle est née et a été élevée «femme d’une autre époque», c’est elle qui le dit. Un basculement dans sa vie l’a projetée dans la modernité et son parcours a quelque chose d’admirable. «Quand j’étais jeune, j’étais destinée à avoir une famille. Je voulais absolument des enfants. Je me suis mariée à 20 ans, je sortais du collège.» Nathalie Ugols, dont les grands-parents juifs, originaires de Pologne et de Russie, ont trouvé refuge à Genève en 1942 pour échapper aux camps, devient alors Nathalie Fontanet.

Avec ce nouveau nom, elle découvre la politique: son mari est député; son beau-père, Guy, fameux ministre cantonal PDC. Elle aime les rencontres que permettent les campagnes, et l’idée de pouvoir faire bouger les lignes. «L’Etat est là pour faire en sorte que les gens vivent de façon décente et que les droits de chacune et chacun soient respectés. Son côté interventionniste doit rester un soutien, non une entrave qui nous empêcherait de travailler.»

Je n'arriverai sûrement pas à imposer tous les choix que je voudrais en matière budgétaire, mais je pense être plus utile au sein de ce gouvernement qu'à l'extérieur

Nathalie Fontanet

A 34 ans, donc, la vie bascule. Cette mère au foyer de trois filles se retrouve divorcée et sans formation. Pour entamer des études, elle se dirige un peu logiquement vers la psychologie – «qui me semblait plus facile ayant élevé mes enfants…» – puis se ravise: ce qu’elle veut faire, c’est du droit. A l’université, entourée d’étudiants de quinze ans de moins qu’elle, elle bosse, et emmène ses enfants l’après-midi au parc avec ses classeurs sous le bras. «J’avais une sorte de couperet, il fallait que je me forme et que je me trouve un emploi.» La ministre PLR n’a pas oublié d’où elle vient et le parcours qui est le sien, ainsi lorsqu’elle accède au gouvernement en 2018, elle récupère le bureau de l’égalité.

Un refus «honteux»

«L’égalité entre les sexes n’est pas une question de couleur politique. Le gouvernement a déposé un projet de loi pour imposer la parité des sexes à l’Etat, un autre pour accélérer la parité des sexes dans les commissions officielles et les conseils d’administration, et un règlement pour faire bénéficier aux couples de même sexe des mêmes droits parentaux que les autres.» Elle ne décolère pas d’avoir vu son parti rejeter au niveau fédéral le congé paternité de deux semaines présenté en votation le 27 septembre. «C’est gravissime. J’ai honte de voir associé au nom du PLR le refus d’un tel droit parental.»

Le début de son premier mandat au gouvernement genevois s’est bien passé. Facilement acceptée par le parlement après en avoir longuement fait partie, Nathalie Fontanet est perçue comme étant de l’aile humaniste du Parti libéral-radical, ce qui facilite ses rapports avec la gauche. Elle est aussi désormais seule PLR au Conseil d’Etat, depuis l’exclusion par son parti de Pierre Maudet. Mais la crise économique découlant du covid complique encore la donne du canton le plus endetté de Suisse. La ministre des Finances devra dès à présent assurément affronter des vents contraires. Elle en est consciente.

Capitaine de bateau

«Nous avons annoncé au début de l’été que les citoyens ne paieraient pas plus d’impôts qu’ils ne le font déjà, exception faite des hausses prévues. La charge fiscale à Genève est déjà la plus importante de Suisse. Je suis d’avis que lorsqu’on est dans une crise économique, on maintient le pouvoir d’achat des gens. La situation financière du canton est certes délicate, mais j’ai une responsabilité de capitaine de bateau dans cette tempête. Je n’arriverai sûrement pas à imposer tous les choix que je voudrais en matière budgétaire, comme réduire les charges et geler les nouveaux projets, mais je pense être plus utile au sein de ce gouvernement qu’à l’extérieur.»

Sera-t-elle assez fine pour cette ligne au sein d’un gouvernement et d’un parlement, qui, au moment de voter le budget, a pris l’habitude de louvoyer entre gauche et droite? Nathalie Fontanet n’est pas connue pour s’arc-bouter. Elle préfère les compromis aux bagarres. Elle aimerait continuer durant la seconde partie de la législature les réformes structurelles de l’Etat afin de gagner en efficience. Les fonctionnaires sont-ils trop nombreux? «Il est pratiquement impossible de se séparer d’un employé de l’Etat même si celui-ci n’a plus la motivation d’exercer son travail, j’aimerais flexibiliser cela.» Et en même temps passer en revue les prestations servies par l’Etat afin de déterminer si elles sont indispensables.

Aujourd’hui, Nathalie Fontanet a la vie qu’elle n’aurait jamais pensé avoir, ce qui est une autre manière de dire son plaisir à occuper la fonction. Elle est aussi la représentante d’un parti secoué par des défaites électorales à la chaîne. Que ce soit cette femme des années 2020 qui soit désormais, par la force des choses, chargée de remettre le train PLR genevois sur les rails est sans doute un défi. Mais aussi sa chance.


Profil

1965 Naissance le 8 janvier à Saint-Julien-en-Genevois.

2003 Licence en droit.

2005 Brevet d’avocate au Barreau de Genève.

2007 Election au Grand Conseil genevois.

2018 Election au Conseil d’Etat.


Retrouvez tous les portraits du «Temps».