Les chasseurs qui venaient du monde entier en Valais pour tirer des bouquetins ne seront plus autorisés à le faire dès 2021. La décision du Conseil d’Etat valaisan met fin à une pratique qui avait choqué le public.

Le tir des bouquetins sera dès lors «effectué uniquement par des chasseuses et chasseurs domiciliés en Valais ou titulaires d’un permis de chasse dans le canton», a indiqué l’Etat du Valais vendredi dans un communiqué. Le fait de restreindre le cercle des chasseurs autorisés ne fera toutefois pas baisser la pression sur les bouquetins dont le cheptel est en augmentation.

Les gardes-faune ont dénombré l’an dernier 6030 individus. Un record selon le service valaisan de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF), qui souligne que «les tirs de régulation doivent être maintenus, voire même augmentés ponctuellement».

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Pour 2020, le plan de tir prévoit d’abattre au maximum 544 bouquetins, soit 269 mâles et 275 femelles. «Un total de 323 individus fera l’objet de tirs de régulation ordinaires par des chasseurs valaisans», le solde notamment par des autorisations spéciales de chasser, précise le SCPF.

Ainsi en 2020, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a autorisé le tir de maximum 56 bouquetins mâles de 11 ans et plus. Dans le cadre de ces tirs, le SCPF a octroyé 45 autorisations spéciales de chasser, dont 25 à des chasseurs étrangers.

Economie du personnel

L’intérêt pour la chasse aux bouquetins en Valais a toujours été grand et la liste d’attente longue. Les chasseurs viennent de Suisse, mais aussi d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie, voire même des Etats-Unis et d’Amérique du Sud.

Ils effectuent leur tir accompagné d’un garde-chasse et déboursent jusqu’à 12 000 francs pour un bouquetin mâle selon la longueur de ses cornes. Ceux qui ont fait le voyage depuis l’étranger en avion par exemple, exploitent la viande sur place et n’emportent en général avec eux que le trophée.

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Ces autorisations de chasse spéciales rapportent chaque année en moyenne 500 000 francs au SCPF. L’abandon de ces tirs dès 2021 permettra de faire une économie en personnel qui devait les encadrer, une économie «qui compensera partiellement l’augmentation de la charge de travail pour la gestion des grands prédateurs», note le canton.

Pas de décision pour les chamois

L’émission Mise au Point de la RTS diffusée en novembre 2019 témoignait de ces autorisations spéciales de chasser délivrées aux chasseurs étrangers. Elle a provoqué un tollé du public, consterné par les conditions de cette chasse touristique, et a entraîné notamment le lancement d’une pétition qui a récolté quelque 70 000 signatures.

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Après la diffusion de l’émission de la RTS, le conseiller d’Etat Jacques Melly avait annoncé que le projet d’interdire ces tirs était en cours. Il a donc abouti avec la mise en place du nouveau plan quinquennal 2021-2025.

Si les bouquetins échapperont aux tirs des chasseurs étrangers, le Conseil d’Etat n’a rien décidé pour les chamois. Peter Scheibler, chef du SCPF, part de l’idée que la pratique pour les bouquetins devrait être appliquée aux chamois, mais précise qu’aucune décision formelle à ce sujet n’a été prise pour l’heure.